Sylvanus Olympio : sa pensée économique

Sylvanus Olympio : sa pensée économique

6 mai 2019 Non Par Théau Mbemba
Partager avec des amis

De Sylvanus Olympio, on connait l’irréductible nationaliste. On connait aussi le brillant polyglotte. Au point d’en oublier le brillant économiste diplômé de la London School of Economics. Le père de l’indépendance togolaise était soucieux de la place de l’Afrique dans la globalisation naissante de l’époque. Sa pensée économique est intégralement exposée dans les messages à la nation qu’il a l’habitude d’adresser à son peuple. Notamment en 1960 et 1962. Comme on le sait, il n’aura pas le temps de mettre en œuvre ses idées économiques. Puisqu’il sera assassiné seulement trois ans après l’indépendance.

C’est dès le premier jour de l’indépendance que transparait le souci de rationalisation du développement économique du président Sylvanus Olympio. Dans son message à la nation, lu devant l’Assemblée nationale, il dessine ses relations futures avec les autres Etats africains. Le panafricanisme de Sylvanus Olympio est pragmatique. Fidèle à sa pensée économique, Sylvanus Olympio propose aux Etats nouvellement indépendants une organisation régionale du type économique :

« Je suis pour ma part persuadé que c’est par la coopération économique que nous pourrons dès à présent contribuer dans une grande mesure au  bien être des habitants de l’Afrique Occidentale qui nous concerne directement. Par ce moyen, nous pourrons avoir plus de chance de succès que dans le domaine politique où nous sommes confrontés à des problèmes à long terme, complexes et parfois ardus. »

Une démarche d’unification pragmatique de l’Afrique

« Economiste de formation et frappé par la démarche pragmatique d’unification entreprise par les six pays européens dans le cadre des communautés économiques européennes (CEE), le président Sylvanus Olympio penche pour une expérience identique en Afrique de l’Ouest. »explique l’historien Atsutsè Kokouvi Agbobli dans son livre Sylvanus Olympio, le père de l’indépendance togolaise .

On peut s’étonner que le président d’un pays nouvellement indépendant privilégie une approche globale et régionale. Mais, l’économiste de formation savait que toute politique d’industrialisation sera confrontée à l’étroitesse des marchés nationaux nouvellement constitués. Voilà pourquoi, le premier président de la République togolaise a conçu une démarche qui prend en compte à la fois l’espace régional et le territoire national.

Lire aussi:  Il était une fois…Les Accords du 12 juin (2)

En 1962, en même temps  qu’il plaide à la Conférence de Lagos pour une coopération économique entre le Dahomey (actuel Bénin), le Nigeria et le Togo, Sylvanus Olympio expose dans un style pédagogique le détail de sa pensée économique dans l’un de ses messages qu’il avait l’habitude d’adresser à la nation.

Stimuler la croissance en préservant les libertés individuelles

La pensée économique de Sylvanus Olympio repose sur les principes du libéralisme. Cependant, il réfute la « fixation rigide d’un taux de croissance par an ». A la place, il propose« un plan où chaque individu peut prendre des décisions essentielles dans le cadre d’une orientation d’ensemble de l’activité économique. »

« Notre but, ajoute-t-il, est de stimuler une croissance économique rapide, en préservant les libertés fondamentales et essentielles de l’individu ».

Pour l’historien Atsutsè Agbobli, c’est un visionnaire qui place son action dans la perspective historique.

Lire aussi:  Il était une fois…Les Accords du 12 juin (3)

Selon lui, « [Sylvanus Olympio, ndlr] sait que sans sacrifices et sans effort de longue durée, point de salut pour son peuple. » C’est ainsi  qu’il plaide pour le développement des vocations propres du pays en se débarrassant de la vocation coloniale de producteur de matières premières et de consommateur de produits manufacturés importés.

Diversifier l’économie

Pour lui, il faut diversifier l’économie nationale. Comment? Répartir le développement sur l’ensemble des régions du pays en dégageant les vocations complémentaires de ces différentes régions. Pour y arriver, le chef de l’Etat propose  une stratégie claire et simple :

« Concentrer l’effort sur un certain nombre de projets-clés qui nous conduiront progressivement vers un développement généralisé de tout le pays et de toutes les couches de la population ».

Pour un message de chef d’Etat à la nation, c’est un programme économique on ne peut plus précis. Une planification clairement conçue qui prévoit la mise en place de structures bien identifiées dont :

  • un secrétariat chargé de l’élaboration des plans de développement et de leur coordination ;
  • un service de financement des programmes ;
  • une société mixte qui doit d’une part, faciliter l’achat, la distribution et la vente des produits d’importation. D’autre part, elle doit assurer l’écoulement de la production nationale ;
  • un organisme de formation d’animateurs ruraux et de modernisation de l’agriculture ;
  • un mouvement national, la Jeunesse Pionnière Agricole, chargé de former les jeunes agriculteurs. A la fin de leur formation, le mouvement s’assure de faciliter l’implantation de ces jeunes sur les terres vierges du pays : ;
  • et une commission d’utilité publique. Elle veille à la régulation des entreprises de production et de distribution de l’énergie électrique entre autres.
Lire aussi:  Comment faire plus de 2 mandats quand on est président américain?

Un programme économique d’avant-garde

Les grandes innovations du programme sont nombreuses. Sylvanus Olympio avait notamment prévu la création d’une banque nationale d’émission, d’une banque nationale de développement, d’un office des produits  agricoles et enfin la création de « vallées d’autorités ».

Concernant la banque d’émission, le président explique que « cet organisme de la monnaie et du crédit aura pour tâche de décider et d’exécuter une politique monétaire nationale.» Une politique monétaire dont l’ambition est de « stimuler la croissance économique du pays.» Quant aux « vallées d’autorités », elles auront pour tâche la gestion des deux grands programmes de développement économique du Togo. Dorénavant, elles doivent prendre toutes les mesures utiles pour assurer l’exploitation industrielle, agricole et commerciale des deux grandes zones relevant de leur compétence.

Pour compléter le travail de la banque nationale de développement, Sylvanus Olympio prévoit la création d’une société mixte autonome. Cette dernière devra promouvoir la fondation de nouvelles entreprises et aider à leur financement et leur gestion. De plus, la société mixte autonome doit promouvoir la création de nouveaux programmes de développement industriel,

Partager avec des amis

Je soutiens librement Amaniainfo et je fais un don maintenant.

Parce que je veux comprendre et donner un sens au monde.

Je fais un don maintenant