Il était une fois…Les Accords du 12 juin (3)

Il était une fois…Les Accords du 12 juin (3)

16 juillet 2019 Non Par Théau Mbemba

Episode 3 : un marché de dupes ?

La conférence nationale d’abord fixé au 24 juin s’ouvre finalement le 08 juillet 1991 sur un malentendu qui sera lourd de conséquences.

Pour le Président Eyadéma, il était hors de question de parler de la souveraineté de la conférence nationale. « Et quelle n’a pas été ma surprise aussi, qu’après avoir reçu quelques partis politiques et certains membres du FAR, tous me disent qu’ils veulent la conférence nationale souveraine, les décisions seront exécutoires, la dissolution du gouvernement, la dissolution de toutes les institutions et ils vont former eux-mêmes un gouvernement. Ça veut dire quoi ? » Tempête-t-il dans les salons de l’aéroport de Lomé-Tokoin, le jeudi 6 juin, à son retour du sommet de l’OUA (Organisation de l’Unité Africaine) à Abuja. Le jour où précisément l’opposition avait décrété une grève générale illimitée. Pour le Général Gnassingbé Eyadéma, ce n’était ni plus ni moins qu’un « coup d’Etat civil ». Sa préférence : un « Forum national de dialogue » à l’issue duquel sera formé un gouvernement d’union !

Pour l’opposition, la conférence nationale ne saurait qu’être souveraine. Puisque le premier alinéa du point 6 des « Accords du 12 juin » stipule que « Les orientations et décisions de la conférence nationale ne seront pas remises en cause par le Chef de l’Etat. »

Le 16 juillet 1991, par l’acte n°1, la Conférence nationale est proclamée souveraine et la constitution du 9 janvier 1980 est suspendue. Le gouvernement et les Forces Armées Togolaises claquent la porte, estimant violés les Accords du 12 juin. Les ministres reprendront leurs places à la conférence nationale après huit jours d’absence. Quant aux militaires, ils ne remettront plus jamais les pieds dans la salle Fazao de l’Hôtel du 2 février. Ils ne s’estimeront jamais liés par les décisions de la Conférence nationale.

N’ayant jamais accepté le principe de la conférence nationale, ayant toujours contesté sa souveraineté, le Général Eyadéma tentera à plusieurs reprises d’y mettre un terme. Jusqu’à sa mort, il parlera toujours de la « Conférence nationale dite souveraine ».

Le 26 août 1991, profitant d’un incident, des accusations non vérifiées portés contre lui par la Conférence nationale souveraine, le Général Eyadéma décide de « suspendre provisoirement la conférence nationale, afin qu’un compromis soit trouvé pour  dénouer cette crise et favoriser une transition pacifique ».

Ce même 26 août 1991, les ambassadeurs Hans Joachim Held d’Allemagne, Harmon Kirby des USA et Bruno Lyonnel Delaye de France s’enferment volontairement avec les participants pour leur conférer une « immunité diplomatique » permettant d’épuiser au pas de charge l’ordre du jour de la Conférence nationale.

Après une séance marathon de quinze heures, la conférence accouche d’un Premier ministre, Me Joseph Koffigoh, et d’un parlement de transition de 70 membres dirigé par Mgr Philippe Fanoko Kpodzro.

 

Chronologie :

5 octobre 1990 : soulèvement populaire.

26-27 novembre 1990 : grève des chauffeurs de Taxi.

29 décembre 1990 : avant-projet de loi prévoyant un poste de Premier ministre.

12 mars 1991 : grève des étudiants.

14 mars 1991 : création du Front des Associations pour le Renouveau, FAR.

16 mars 1991 : manifestations de rue à l’appel du Front des Associations pour le Renouveau (FAR).

18 mars 1991 : à l’issue d’une rencontre avec  le FAR, le chef de l’Etat accepte le principe de libéralisation des partis politiques.

11 avril 1991 : lois portant amnistie générale et charte des partis politiques.

12 avril 1991 : découverte de 19 cadavres dans la lagune de Bè, victimes de répression.

04 mai 1991 : création du Front de l’Opposition Démocratique (FOD) suite à la dissolution du FAR.

6 juin 1991 : mot d’ordre de grève générale illimitée lancé par le FOD.

12 juin 1991 : Accords du 12 juin.

25 juin 1991 : Décret N°91/179 convoquant la conférence nationale.

8 juillet 1991 : début des travaux de la conférence nationale.

16 juillet 1991: adoption de l’Acte n°1 proclamant la Conférence nationale souveraine. L’armée et le gouvernement claquent la porte.

23 juillet 1991 : les membres du gouvernement reprennent leurs places à la Conférence nationale souveraine.

26 août 1991 : le Général Eyadéma décide de suspendre provisoirement la Conférence nationale souveraine.

26 août 1991 : les ambassadeurs d’Allemagne, des USA et de la Franc au Togo confèrent une « immunité diplomatique » aux participants à la Conférence nationale, en s’enfermant volontairement avec eux, leur permettant ainsi d’épuiser l’ordre du jour de la conférence.

28 août 1991 : fin des travaux de la Conférence nationale souveraine.

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