Les jeunes se font tuer dans la rue. Qui a donné l’ordre de les tuer ?

Les jeunes se font tuer dans la rue. Qui a donné l’ordre de les tuer ?

12 novembre 2020 Non Par Théau Mbemba
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Par David Kpelly

Il y a quelques semaines, j’écrivais dans un post mon aversion pour ces stars (avec ou sans jet privé), artistes, hommes politiques, penseurs et compagnie, généralement des affidés aux pouvoirs dans nos pays, qui, à la veille des élections, lancent des appels aux jeunes de ne pas manifester et risquer leur vie pour des politiciens qui finissent toujours par s’entendre.

J’avais fait remarquer que ces appels ne portent aucun fruit puisque les jeunes ne les écoutent pas, légitimement, et sortent toujours malgré les risques pesant sur leur vie.

Depuis hier, après la rencontre entre Bédie et Ouattara en Côte d’Ivoire, ces cyniques hérauts de la « paix » sont sortis des bosquets pour crier leur joie d’avoir eu raison de dire aux jeunes Ivoiriens de ne pas sortir manifester pour les politiciens parce qu’ils misent leur vie sur rien.

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Je voudrais encore leur répondre qu’aucun de ces jeunes ne les écoutera, et que chaque fois que les opposants lanceront des appels à manifestation, les jeunes sortiront de nouveau au prix de leur vie.

Personne n’aime plus la vie de ces jeunes qu’eux-mêmes. Et il est niais de penser qu’ils sont tous des idiots en sortant à chaque fois à l’appel des opposants. Il y en a parmi qui sont assez lucides pour comprendre que des efforts et sacrifices de leurs manifestations, se gaveront, si les choses aboutissent, un opposant qui réussit à prendre le pouvoir, sa famille et ses proches.

Ils savent aussi, des fois, qu’un changement de dirigeant ne changera rien dans leur vie. Alors pourquoi risquent-ils leur vie chaque fois ? Justement parce que ce n’est pas pour ces hommes politiques qui les appellent à manifester qu’ils le font. Ils le font, poussés par la rage de leur désespoir. Ils le font parce que devant leur vie qu’ils voient se noyer au jour le jour, ils n’ont aucune alternative que de crier au secours avant de mourir. Voilà pourquoi, malgré le nombre de morts, de mutilés, de blessés, malgré la gravité des trahisons des opposants, ces jeunes sortiront toujours manifester dans les rues.

Pour finir, il faudrait dire merci à celui qui a réfléchi à rendre au passif cette action qui consiste à un dirigeant improductif qui s’accroche au pouvoir à envoyer dans les rue des militaires et miliciens massacrer des jeunes : « Les jeunes se font tuer dans la rue ».La beauté de cette étrange phrase passive est que la seule personne qu’elle condamne est la victime. Terrible rhétorique que celle-là où le bourreau n’apparaît nulle part. « Les jeunes se font tuer dans la rue. » Comme s’il y avait dans la rue une mort qui n’est provoquée par personne, que n’a commanditée personne, et que les jeunes, dans leur insolence et idiotie, s’en vont chercher gratuitement. Les jeunes se font tuer dans la rue. Qui a donné l’ordre de les tuer ? Qui a tiré sur eux ? Quelle arme les as tués. Cette troublante phrase ne le dit pas. La seule main accusatrice qu’elle tend, cette phrase, est pointée sur les victimes : les jeunes !

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