VGE, notre cousin de France ! (1/3)

VGE, notre cousin de France ! (1/3)

10 décembre 2020 Non Par Théau Mbemba
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Décédé ce mercredi 2 décembre 2020 à l’âge de 94 ans des suites du Covid-19, Valéry Giscard d’Estaing a eu droit la semaine dernière à des obsèques dans l’intimité familiale à Authon (Loir-et-Cher). Seule une quarantaine de personnes ont assisté à la messe en raison des mesures préventives dictées par la crise sanitaire actuelle. Si son ascension politique menée tambour battant a donné de lui l’image d’un président « réformateur » et « moderne » en France, force est de constater que VGE s’est installé en Afrique dans la continuité de la politique postcoloniale gaullienne.

Bwana Giscard au temps béni des colonies!

Les rapports de Valery Giscard d’Estaing avec le continent africain sont schizophréniques. Côté cour, il multipliait des discours et des symboles d’une ferme volonté de rupture et côté jardin il faisait intervenir l’armée française sur le continent dans des opérations secrètes ou couvertes par des raisons humanitaires.

Pendant son unique septennat, il a lancé pas moins de quatre opérations militaires : en Mauritanie contre le Front Polisario, au Zaïre par deux fois (Shaba et Kolwezi), au Tchad contre l’avancée du Frolimat et enfin en Centrafrique.

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Pire, il a collaboré avec le régime apartheid de l’Afrique du Sud avec la construction par des entreprises françaises de la centrale nucléaire de Koeberg, près du Cap.

Sur le plan intérieur également, le « JFK auvergnat » a bien de cadavres dans le placard : de 1978 à 1980, il a soutenu l’idée aberrante d’un renvoi massif de travailleurs immigrés. Pour atteindre cet objectif, VGE va envisager la dénonciation des accords d’Évian de 1962 et même le changement de législation sur l’immigration pour permettre la non-reconduite des titres de séjour de migrants qui vivent pourtant en France depuis parfois plus de Vingt ans.

Son action a été également déterminante dans l’histoire de l’Archipel des Comores, et de Mayotte en particulier. En effet, en décembre 1974, quelques mois après son accession au pouvoir, l’archipel des Comores vote lors d’un référendum d’autodétermination. A l’époque, Mayotte est comorienne et l’archipel des Comores est une colonie française. Avant et pendant le référendum, des pressions s’exercent de la part de la Marine française, qui veut garder Mayotte française pour avoir un point d’ancrage dans l’Océan Indien. Giscard fait alors pencher la balance du côté des intérêts de la France en remettant au goût du jour l’histoire d’Andriantsouli, un sultan malgache qui, régnant sur Mayotte au milieu du XIXème siècle, aurait vendu l’île à la France en 1841.

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On le dit passionné par l’Afrique. Il situe d’ailleurs l’action de son dernier roman Mathilda, paru en 2011 en Afrique. Mathilda raconte l’histoire tragique d’une famille allemande venue s’installer en Namibie. Un hymne charnel à une Afrique sans les Africains ? Si on veut être honnête, il faudrait reconnaître que la passion de Valery Giscard d’Estaing pour l’Afrique n’a rien avoir avec le sort des Africains. Ce qui a toujours vraiment intéressé Giscard, c’est la chasse, en particulier les safaris. Raymond Depardon qui filmait sa première campagne présidentielle en 1974 témoignage : « J’étais dans l’avion de retour de Clermont­-Ferrand avec Giscard, raconte le cinéaste. Il était détendu et me confie que, s’il ne gagne pas l’élection, il fera autre chose, il ira chasser en Afrique. » 

Au final, Giscard ne vivra pas la douleur d’opérer un choix : il gagne les élections et ira chasser en Afrique.

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Le commissaire Patrick Rougelet qui a travaillé pendant près de deux ans, pour les Renseignements généraux français, sur l’affaire qui est entrée dans l’histoire sous le nom que lui a donné l’hebdomadaire Le Canard Enchaîné, ‘‘les diamants de Giscard’’ raconte : «  J’ai été observateur, mais aussi acteur de l’histoire secrète, celle qui se joue en coulisses, sans laisser beaucoup de traces. Il me reste une caisse de notes et des liasses de feuilles à en-tête du ministère de l’intérieur. Si les RG l’avaient voulu, avec tout ce que l’on a appris sur le président, Giscard aurait dû démissionner dès 1980. Nous en savions beaucoup plus que ce qui paraissait dans les journaux. Ce travail a ainsi permis à l’Elysée d’anticiper les attaques de la presse. Grâce à nous et aux manipulations que nous avons lancées, Giscard a tenu jusqu’au verdict du suffrage universel. »

Comme le l’explique si bien Maria Malagardis, journaliste au quotidien français Libération, rien de mieux ne peux résumer l’Afrique des années Giscard que les paroles de la chanson de Michel Sardou consacré au « Temps béni des colonies. »

 

 

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