VGE, notre cousin de France ! (2/3)

VGE, notre cousin de France ! (2/3)

10 décembre 2020 Non Par Théau Mbemba
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Décédé ce mercredi 2 décembre 2020 à l’âge de 94 ans des suites du Covid-19, Valéry Giscard d’Estaing a eu droit la semaine dernière à des obsèques dans l’intimité familiale à Authon (Loir-et-Cher). Seule une quarantaine de personnes ont assisté à la messe en raison des mesures préventives dictées par la crise sanitaire actuelle. Si son ascension politique menée tambour battant a donné de lui l’image d’un président « réformateur » et « moderne » en France, force est de constater que VGE s’est installé en Afrique dans la continuité de la politique postcoloniale gaullienne.

Bonnes feuilles : extraits de RG, La machine à scandales, Patrick Rougelet, Albin Michel, Paris, 1997.

J’ai lancé l’affaire des diamants

« Passez-moi le fusil. » Valery Giscard est en tenue de chasse. Chaussures de marche. Grosses chaussettes. Short. Lunettes noires. Un gilet à grandes poches. Il est sur les terres de Jean Laboureur, un Français concessionnaire d’une des plus belles chasses, au Nord-est de l’Empire centrafricain, dans la région de N’Délé. Depuis le début des années 70, quand il n’était encore que ministre des Finances, jusqu’en 1978 -date de sa brouille avec Bokassa, son ‘‘cousin empereur’’- Giscard est venu une quinzaine de jours par an s’adonner à son loisir favori : la chasse au gros. Dans le petit milieu des chasseurs blancs, le président  a la réputation d’être un vrai chasseur, un de ceux qui ne tirent pas de leur 4X4, mais qui traquent le gibier, à pied, pendant plusieurs heures, voire plusieurs jours. Le président s’amuse en brousse.

Je tiens cela de l’un de mes vieux amis, un véritable chasseur lui aussi. ‘‘On chassait à trois, raconte-t-il. Il y a le guide, le chasseur et le noir qui porte le fusil.’’ Une grande chasse coûte entre 100 000 et 200 000 francs la semaine. Il faut ajouter à cela les primes d’abattage, en fonction des animaux tués, qui peuvent doubler la somme.

Président de la République, Valéry Giscard d’Estaing s’isolait alors du monde, pendant de longues journées, à l’affût. Chez Laboureur, le soir, les chasseurs rentraient fourbus et dormaient dans des cases. Giscard, lui, recevait souvent la visite de Bokassa. ‘‘Il y avait beaucoup de monde. Beaucoup de femmes. Quelles soirées !’’ me raconte mon ami. Une coutume africaine voulait que les hôtes de marque soient reçus en compagnie des plus jolies filles du pays.

Ces jours heureux sont loin. Giscard ne doit plus tenir le fusil. Bokassa est mort fin 1996 dans une indifférence quasi générale. Le sort politique des deux hommes s’est joué en 1979. Bokassa, sur ordre de la présidence, a perdu son trône, son palais et ses uniformes. Deux ans plus tard, celui qui devait être réélu brillamment face à un dirigeant du PS vieillissant a été renvoyé par les Français à ses chères études. VGE ne s’est jamais vraiment relevé des diamants.

RG, la machine à scandales, Patrick Rougelet, Albin Michel, Paris, 1997.

La botte secrète de Bangui

J’avais 28 ans en 1979. J’étais plutôt mal classé à la sortie de l’école. C’était mon premier poste de commissaire. Je me suis retrouvé aux RG, chef du service d’Antony dans les Hauts-de-Seine. […] ma mission : surveiller Sylvestre Bangui, un ancien ambassadeur de Bokassa, alors en exil en France. […] En entendant la rencontre de Bangui, je me plonge dans la documentation fournie par la centrale sur le Centrafrique. […] Le 24 juillet 1979, enfin, Bangui me parle de lui pendant des heures. Il évoque la folie de Bokassa, qu’il connait bien pour être de la même ethnie les M’Baka) et ses propres projets de réforme pour son pays. […] Il m’en a dit suffisamment et m’a clairement fait comprendre qu’il espérait que je fasse passer le message à l’Elysée. […] Le rendez-vous a lieu au restaurant de l’Automobile Club, place de la Concorde. Bangui, La Fournière et moi. Le repas va durer jusqu’au milieu de l’après-midi. L’ambassadeur, c’est son style, va droit au but : ‘‘Monsieur le conseiller, lâche-t-il à Xavier, je suis autant Français que centrafricain et mon souci constant a toujours été de servir mes deux patries au mieux de leur intérêt. Je suis Français par ma naissance, par mes états de service dans l’armée française et par mon épouse qui est corrézienne. C’est vous dire toutes les garanties que je peux offrir à la France en me portant garant de ses intérêts qui sont aussi ceux du Centrafrique.’’ […] Puis Bangui joue sa botte secrète : ‘‘Enfin, vous savez, j’ai été ambassadeur plénipotentiaire de 1975 jusqu’au 22 mai dernier…J’ai été amené à rencontrer monsieur Giscard d’Estaing en maintes circonstances. Il me connaît…Je l’ai rencontré aussi pour des affaires délicates. Des affaires très personnelles à la demande de Bokassa lui-même. Vous comprenez ce que je veux dire. Dites au président qu’il peut être absolument certain de ma discrétion. J’ai toujours gardé cela pour moi-même, sans même en parler à mon épouse. Même en tant que chef d’un parti d’opposition, je n’ai jamais utilisé certaines choses…’’

Pour moi, tout cela est mystérieux. Xavier, lui, ne pose pas de questions. Je le sens un peu surpris peut-être. Il ne dit rien pendant de longues minutes, puis répond à Bangui qu’ ‘‘en tant que vieil Africain’’, il a bien compris le message. […] Drôle de conversation entre les lignes. […]  Xavier de la Fournière, au lendemain de ce repas, a l’air optimiste. Apparemment, il a parlé à Sérisé, peut-être même directement à Giscard, bien que je n’en sois pas certain. Il a demandé en retour un mémorandum à notre protégé. Nous sommes en train de rédiger le document. Bangui, mi-août, réclame un premier rendez-vous avec Giscard. Mais, Xavier, manifestement, cherche à gagner du temps. […] Je calme Bangui du mieux possible. Et tout s’écroule le soir du 24 août. Ce soir-là, j’arrive chez Bangui, à Montrouge. Il est révolté. Bernard Millard de Montrion aussi. L’atmosphère est électrique. Tous les deux ont eu des informations selon lesquelles l’Elysée a choisi pour succéder à Bokassa David Dacko, son prédécesseur retiré à Paris, avenue Foch. Pour l’heure, le ‘‘remplaçant’’ est hospitalisé au Val-De-Grâce. L’idée de le placer sur le trône vient, parait-il, d’Alexandre de Marenches, le chef du SDECE. Plus exactement, la solution Dacko a été initialement proposée par deux conseillers de Barre à matignon, Hacène et Galin-Douat, deux administrateurs civils d’origine centrafricaine. Pour eux d’ailleurs, cette solution s’est révélée avantageuse : le premier s’est retrouvé Premier ministre du Centrafrique, le second ministre de l’intérieur. 

RG, la machine à scandales, Patrick Rougelet, Albin Michel, Paris, 1997.

Giscard lâche Bokassa

Début septembre 1979. Bangui se démène comme un beau diable, de meeting en conférence de presse. Il constitue un gouvernement provisoire. En Centrafrique, des textes circulent sous le manteau pour demander à la France la destitution de Bokassa. Le 12 septembre, Le Canard Enchaîné ironise sur le soutien de Giscard à Bokassa et titre un article ‘‘l’Elysée veille au statut de l’Empire’’. Le 17, en Centrafrique, un tract anonyme prend la défense de Bokassa. Le 18, Bangui est reçu à l’ambassade des Etats-Unis. Xavier de La Fournière, avec qui je restais en contact depuis Bourgogne, a l’air très inquiet. Tout annonce un avis de tempête. Dans la nuit du 19 au 20 septembre 1979, les parachutistes français lancent l’opération Barracuda. Les paras du colonel Degenne atterrissent en Centrafrique, officiellement pour ‘‘assurer la sécurité des populations’’ qui les ont appelés. En fait, sur ordre du pouvoir, ils viennent renverser Bokassa, ce jour-là en voyage en Libye. Ses palais sont investis par des militaires. Les paras accompagnés d’agents du SDECE, font main basse sur les archives. Au palais impérial de Berengo, ils entassent des caisses de documents et un hélicoptère Puma est cahrgé de les transporter dans la capitale. Plusieurs témoins, dont les journalistes, verront un camion Dodge faire le tur des ministères et transborder les archives jusqu’à l’ambassade de France. Dans ma retraite bourguignonne, quelque chose me dit que ce ne sont pas simplement les ‘‘massacres d’enfants’’ qui expliquent le lâchage de Bokassa par Giscard. Les RG, via ma note sur les diamants du mois du d’août, y sont certainement pour quelque chose. Le ramassage des archives en dit long. 

RG, la machine à scandales, Patrick Rougelet, Albin Michel, Paris, 1997.

« Vous croyez que votre président est malhonnête ? »

Bien plus tard, dix ans plus tard, Xavier de La Fournière m’a raconté la scène dans le bureau de Giscard. Le président a lu mes quatre pages. Puis il a dit : ‘‘Vous croyez que votre président est malhonnête ?’’ Rien de plus. Personne n’a évidemment répondu à la question. Dans la pièce, puis dans l’entourage de Giscard, l’atmosphère est devenue glaciale. Tout était encore possible. Et tout va se précipiter.

Bokassa en exil, des documents ont commencé à circulé. Le Canard du 10 octobre 1979 publie à la ‘‘une’’ une note datée de 1973, signée Bokassa et adressée au comptoir national du diamant : ‘‘Veuillez remettre à Mme Dimitri, secrétaire à la présidence de la République, une plaquette de trente carats environ destinée à M. Giscard d’Estaing.’’ Valeur globale du cadeau, selon le Canard : un million de francs. Selon le journal, Giscard n’a pas été le seul bénéficiaire : ses deux cousins germains, François et Jacques, son conseiller africain René Journiac, et les ministres Galley et Bourges ont eux aussi reçu des pierres. […] Le 17 octobre, Le Canard revient violement à la charge et publie, grâce à des documents de la taillerie, une nouvelle liste de diamants offerts à Giscard par Bokassa. Entre le 5 et le 8 mars 1975, lors de sa première visite en Centrafrique en tant que président de la République, VGE aurait reçu, écrit le journal, une plaquette de carats dont une très belle et très grosse pierre. Silence radio à l’Elysée. […] Le 27 novembre 1979, Giscard, pour la première fois, évoque l’affaire devant les caméras de télévision. ‘‘Depuis que j’exerce mes fonctions, de nombreux cadeaux ont été remis à des œuvres de bienfaisance, de nombreux cadeaux ont été remis à des musées. Tous les autres ont été conservés à l’Elysée par le secrétariat général et sous sa responsabilité, explique-t-il. Je ne vous cache pas, poursuit le président, qu’il est assez désobligeant pour moi de répondre à des questions de cette nature.’’ A la question des diamants, il oppose un démenti ‘‘catégorique’’ et, ajoute-t-il, ‘‘méprisant’’. […] La manipulation orchestrée par les RG avec le faux démenti de Bangui n’a pas suffi. Il faut tenter autre chose. 

RG, la machine à scandales, Patrick Rougelet, Albin Michel, Paris, 1997.

Les sources des journalistes

En décembre, Cham nous donne l’ordre de travailler sur les sources des journalistes. En les identifiant, il est toujours possible d’essayer de les tarir. Un témoin direct de l’opération Barracuda nous certifie que Le Canard a initialement bénéficié de confidences d’Ange Patassé, l’ancien ministre de Bokassa. Des documents, transitant par la Libye puis par la valise diplomatique, auraient atterri à Paris chez un certain Debey. Selon notre source, ils auraient été ensuite confiés à des personnalités du Parti socialiste : Jean-Pierre Chevènement et Roland Dumas, par ailleurs avocat de l’hebdomadaire satirique. […] Quelques mois plus tard, le 10 mai 1980, l’écrivain Roger Delpey, identifié certainement comme étant le Debey dont le nom a été évoqué phonétiquement par ma source est arrêté par la DST alors qu’il sort de l’ambassade de Libye à Paris. Delpey préparait en effet un livre sur Bokassa, qu’il connaissait de longue date et qui lui avait confié de nombreux documents. Conduit devant le juge d’instruction de la Cour de sûreté de l’Etat, Delpey sera inculpé d’ ‘‘intelligence avec les agents d’une puissance étrangère de nature à nuire à la situation diplomatique de la France’’ et passera sept mois à la prison de la Santé. C’est le retour de la lettre de cachet dont nos rois étaient si friands. Delpey en fera un livre, L’Embastillé de Giscard. Pendant ce temps, en Centrafrique, la situation se dégrade de jour en jour. Corruption, délinquance, problème d’approvisionnement en nourriture. La ‘‘solution’’ Dacko, montée inutilement pour planquer les archivess, se révèle désastreuse. Dès janvier 1980, Jacques Gardin et Henri Paris, devant Xavier de Fournière, prévoient que l’immobilisme de l’Elysée sera un fiasco. Xavier, plus morose que jamais, réclame une note, qu’il propose de faire passer à Poniatowski. L’objectif est de faire donner la vieille garde des giscardiens. […] Le 22 janvier, la note est écrite, à l’attention de ‘‘Ponia’’ : « la situation centrafricaine exerce directement son influence sur den Aeux aspects de notre politique, celui de la politique française en Afrique et celui de la politique intérieure française. Cette situation est explosive et implique à court terme un choix décisif. »

Le document analyse les forces en présence et conclut à la nécessité pour la France de soutenir rapidement Bangui. Mais l’Elysée, terrorisée, n’ose plus réagir. Le 24 janvier, une source centrafricaine nous relate d’autres accusations qui circulent sur place. Je fais une note blanche manuscrite, le jour même. Il est question de ‘‘divertissements’’ lors de séjours de personnalités françaises en Centrafrique. Nous avions identifié un réseau de call-girls françaises, soupçonnées de travailler pour Bokassa et ses hôtes. Plusieurs journaux auraient également envoyé des reporters enquêter sur le terrain. Le 10 mars, nous obtenons enfin des infos solides sur les sources des journaux. Je fais une nouvelle note blanche : « le Parti socialiste, et plus particulièrement le curant Ceres de M. Chevènement, est en possession de documents concernant l’affaire des diamants. […] Il est à noter, aussi bien au niveau de certains cadres du Parti socialiste que de militants ‘‘introduits’’ de la fédération de Paris, qu’il ne fait aucun doute que les documents détenus par leur parti sont suffisamment ‘‘explosifs’’ pour décourager le président de se représenter. »

RG, la machine à scandales, Patrick Rougelet, Albin Michel, Paris, 1997.

Bokassa porte l’estocade

En mai 1980, un an jour pour jour avant l’élection présidentielle, d’autres informations nous parviennent : Bokassa lui-même ferait sortir des documents et aurait ‘‘négocié’’ ses Mémoires avec un éditeur américain. Notre source, togolaise, affirme avoir été en contact direct avec une ‘‘personnalité du Parti socialiste’’ Le 12 mai, je fais une note blanche dans laquelle je préviens que le Parti socialiste serait en possession de ‘‘181 documents’’.

« Ces documents ont trait aux activités du président Giscard d’Estaing en Centrafrique et aux dons en pierres précieuses faits tant à des personnalités françaises qu’étrangères. » D’autres informations circulent à nouveau sur des réseaux de prostitution en Centrafrique utilisés lors des visites des personnalités étrangères. Une maquerelle française apparaît dans l’entourage de Bokassa. […] En septembre, Bokassa porte l’estocade. L’empereur, lâché par Giscard, téléphone au Canard enchaîné : « J’ai remis même des diamants à sa femme, beaucoup de diamants, devant le Conseil des ministres, devant tous les conseillers…Vous ne pouvez pas imaginer ce que j’ai remis à cette famille-là. »

Depuis des semaines, La Fournière était résolu à en avoir le cœur net. Aujourd’hui encore, je crois qu’il était à la fois plus lucide que nous sur l’impuissance de la présidence et, par d’autres côtés, beaucoup plus naïf. Il nous demanda une note, franche sur l’affaire. En juin 1980, Xavier a sur son bureau ce document de trois pages que j’écris avec un membre de notre petite ‘‘cellule’’. On y a tout mis, sur un ton brutal qui, rétrospectivement, me fait frissonner. Selon nous, cette affaire met en cause l’intégrité du président de la République. « Il a en effet incontestablement reçu à de multiples reprises des diamants pour des sommes considérables », écrivons-nous.

Il nous semble également que cette affaire place le président dans une position vulnérable : « Il est à la merci du chantage de n’importe quel chef d’Etat africain avec lequel il a eu des rapports de même ordre. Cela se traduit dans les faits par une ingérence de ces derniers dans nos affaires : nomination du remplaçant du conseiller aux Affaires africaines sur intervention directe de Bongo [le président du Gabon] ; nomination imposée de l’ambassadeur de France au Gabon ; règlements de compte avec leurs oppositions, ou même à titre personnel sur notre territoire (assassinats, enlèvements) sans que le gouvernement en place ne prenne de mesures par crainte de révélations qui pourraient être faites en représailles. »

Enfin, nous mettons en garde Xavier de La Fournière sur l’exploitation, à des fins privés, des richesses des pays africains et des fonds de la coopération par la famille du président et son entourage. : « On les retrouve tous directement ou indirectement à la tête de sociétés traitant des affaires fructueuses avec l’Afrique (import-export, matières premières, banque…). Le dernier des scandales en date étant celui des affaires d’uranium. […] Des maladresses ont conduit à la mise [au] jour de ces malversations, elles ont été la cause directe de l’implication des cousins du président (CEA, BFCE). »

En Centrafrique, à l’époque, Dacko, mis en place par Giscard, court chaque jour davantage à la catastrophe. Dans les rues de la capitale, le gouvernement de salut public a été baptisé le gouvernement de ‘‘salut les copains’’. Sylvestre Bangui est attristé. Il craint un bain de sang. Personne, soutient-il, ne comprend pourquoi Giscard n’a pas choisi de le remettre, lui, aux commandes. Sans les diamants, Giscard aurait évidemment eu les coudées franches. « Sans les diamants, Bangui aurait été président », me dit un jour La Fournière. […] D’après nos estimations, faites dans le bureau de Cham, Giscard aurait touché au total pour plusieurs millions de francs de diamants. Sous la pression des journaux, en mars 1981, Giscard a envoyé à la Croix-Rouge centrafricaine un chèque de 40 000 francs.

RG, la machine à scandales, Patrick Rougelet, Albin Michel, Paris, 1997.

La nounou de Bokassa

[…] Pendant trois ans, de 1983 à 1986, j’ai espionné Bokassa de l’intérieur. Il a fait l’objet de plusieurs coups tordus de la part des services. Mais jamais il n’a su le rôle que j’avais joué, trois ans auparavant, dans l’affaire des diamants. Jamais. […] pendant des mois, j’ai côtoyé Bokassa. A force, nous sommes devenus proches. Il m’a souvent parlé de l’affaire des diamants. Un jour, il m’a montré des photos de pots de confiture remplis de pierres qui se trouvaient dans ses palais de Berengo. Un trésor en diamants et en ivoire estimé à 35 milliards de centimes. Après l’opération Barracuda, orchestré par le SDECE, personne n’en a plus jamais vu la couleur. Bokassa supposait que le butin avait atterri comme prise de guerre dans les fonds spéciaux des services secrets français. Le Quai d’Orsay a toujours démenti. Bokassa a fini par me parler aussi du contenu de son coffre. Il y avait, selon lui, toute sa correspondance de chef d’Etat et notamment le courrier de son ‘‘cousin’’. A la moindre occasion, l’empereur déchu ne se privait pas d’une pique contre l’ancien président. Les deux hommes s’étaient connus quand VGE était aux à finances. A ce titre, Bokassa soutenait qu’il avait toujours ouvert les portes de son pays à Giscard afin que ce dernier puisse s’adonner en toute tranquillité à son sport favori : la chasse au gros. « De fil en aiguille, me confia un jour Bokassa, j’ai reçu tout le monde, toute sa famille et tous ses amis. Et personne ne repartait sans son sachet de diamants. » Bokassa expliquait que c’était la coutume. « J’avais même voulu en offrir au général de Gaulle, lors d’un de mes séjours à Paris, mais cette fois, le secrétaire général de l’Elysée M. Burin des Roziers, m’en avait dissuadé en m’expliquant que le Général n’accepterait jamais un tel présent », précisait aussi l’ex empereur. […] Sur la campagne de presse en France, Bokassa m’assura aussi avoir, directement ou indirectement, alimenté les journaux, souvent, me dit-il, par l’entremise de Roland Dumas, qui devait devenir ministre des Affaires étrangères de Mitterrand.

RG, la machine à scandales, Patrick Rougelet, Albin Michel, Paris, 1997.
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