Togo: Quelles sont les conséquences de la suspension de la transhumance sur l’économie togolaise?

Togo: Quelles sont les conséquences de la suspension de la transhumance sur l’économie togolaise?

21 mars 2021 Non Par Théau Mbemba
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La suspension de la transhumance pourrait sérieusement mettre à mal l’économie togolaise

Initialement prévu pour le 31 janvier 2021, le démarrage de la transhumance transfrontalière a été suspendu jusqu’à nouvel ordre par le gouvernement togolais. Une décision motivée par le souci de contenir la propagation du Covid-19 mais qui n’est pas sans conséquences sur l’économie toglaise.

Qu’est-ce que la transhumance ?

La transhumance est moyen ancestral consistant en la migration saisonnière du bétail vers des zones de pâturages. Elle répond à de multiples contraintes notamment écologiques, sanitaires, économiques et socioculturelles. Il faut distinguer la petite transhumance dont les déplacements sont essentiellement nationaux, de la transhumance transfrontalière. Cette dernière correspond essentiellement aux mouvements de grandes amplitudes des bovins. En effet, les bovins, comme on le sait, ont une demande de fourrages beaucoup plus importante que les caprins et les ovins.

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Au Togo, un plan de gestion encadre la transhumance à travers l’érection des couloirs de circulation. C’est pour éviter les conflits entre les agriculteurs et les pasteurs peulh.

La campagne de transhumance se déroule généralement du 31 janvier au 31 mai.  Le Togo dispose d’environ 400 000 têtes de bovins. La seule région des savanes abrite les trois quarts (3/4). L’année dernière, environ 30 000 têtes de bovins ont parcouru le territoire national.

L’élevage participe à plus de 16% du PIB agricole et 6,7% du PIB national togolais. 

Quelle est la contribution des transhumants dans l’économie locale ?

Transhumer coûte de l’argent. Une étude menée durant la campagne 2014-2015 dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest estime les dépenses des transhumants dans les lieux d’accueil à 1 230 000 FCFA (près de 1878 euros) par famille. « Les plus grosses dépenses concernent l’aliment-bétail (44%) et la nourriture (22%), contre 6,5% pour les produits vétérinaires, 4,3% pour le téléphone portable et 4,2% pour les frais d’abreuvement. Le total des taxes déclarées (passages de frontières, paiements aux communes, autres taxes) est faible (1,6%), mais n’inclut pas les taxes payées sur les marchés à bétail. » Note-t-on dans cette enquête de Acting for life.

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Comment la suspension de la transhumance affecte-t-elle l’économie togolaise ?

Koundjoaré (Commune de Kpendal 1, région des savanes) est la principale porte d’entrée au Togo des transhumants. Son marché frontalier est, donc, le premier à subir le contrecoup de la suspension de la campagne de transhumance. En effet, avec la fermeture des frontières, il était impossible aux éleveurs nomades d’entrer dans le pays avec leurs troupeaux. Désormais, les consommateurs de bœufs devront se contenter de la production locale. Avec la baisse de l’offre, le prix du kilogramme de bœuf passe de 1700 FCFA à 1800 FCFA à la boucherie de Korbongou.

La prochaine saison agricole va souffrir des contre-coups de la suspension de la transhumance surtout dans la région septentrionale où la culture attelée est très pratiquée. Comme on le sait, les bœufs de trait sont généralement acquis auprès des bouviers en transhumance.

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L’alimentation du bétail et la nourriture constituent à eux seuls 66% des dépenses des familles en transhumance. C’est donc une grande partie des activités socio-économiques qui vont connaître la crise. Les revendeuses de sel, substitut de la pierre à lécher pour les bœufs, se retrouveront avec d’importants stocks sous le bras tandis. Quant aux restauratrices installées aux alentours des marchés de bovins, elles connaitront des manques à gagner.

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