Napoléon Bonaparte : 7 choses à savoir sur l’empereur

Napoléon Bonaparte : 7 choses à savoir sur l’empereur

4 juin 2021 Non Par Théau Mbemba
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L’année 2021 marque le bicentenaire de la mort de Napoléon Bonaparte. Figure complexe de l’histoire de France, Emmanuel Macron l’a célébré le 5 mai dernier . Au-delà des controverses, voici 7 choses à savoir l’empereur Napoléon que le président français considère comme « une part de nous » et dont la commémoration en France fait débat.

1. Napoléon avait honte de ses lointaines origines

« Derrière toute frénésie raciste, il y a toujours un secret de famille non assumé, des origines incertaines à faire oublier. », disait l’historien français Claude Ribbe.

Claude Ribbe fait en effet allusion à la généalogie de l’empereur. Napoléon Bonaparte descend en ligne directe d’un Africain, un noir. Son nom, Francesco Buonarpe, dit le « Maure de Sarzane ».

Cet ancêtre africain qui remonte à dix générations était mercenaire à Ajaccio au service de la République de Gênes. Cette dernière appréciaient particulièrement les mercenaires africains. Ceux-ci l’aidaient à mater les rébellions des féodaux corses.

On doit cette information à Joseph Bonaparte, le frère aîné de Napoléon qui a entrepris en 1789 la généalogie de la famille. Lorsque Joseph mit Napoléon au courant de leur généalogie, ce dernier en éprouva un grand choc.

Et pour ne rien arranger, une analyse génétique du professeur Gérard Lucote révèle que Napoléon est de l’halogramme E-M34. Un halogramme rare en Europe et surtout présent en Ethiopie et au Moyen-Orient. Pourtant, les gardiens du temple préfèreront lui trouver une origine phénicienne.

2. Napoléon était antisémite

Pour Claude Ribbe, Napoléon Bonaparte haïssait les Juifs jusqu’à l’aliénation. Voici quelques propos de l’empereur sur les Juifs :

« [C’est] une nation à part, dont la secte ne se mêle à aucune autre », une « race qui semble avoir été seule exemptée de la rédemption. »

« Le mal que font les Juifs ne vient pas des individus, mais de la constitution même de ce peuple. Ce sont des chenilles, des sauterelles qui ravagent la France ! »

« J’ai entrepris l’œuvre de corriger les Juifs, mais je n’ai pas cherché à en attirer de nouveau dans mes Etats. Loin de là, j’ai évité de faire rien de ce qui peut montrer de l’estime aux plus misérables des hommes. »

De fait, Napoléon a multiplié les mesures discriminatoires à l’égard des Juifs.  Pour Pierre Birnbaum, historien spécialiste de l’histoire des juifs de France, « Les mesures napoléoniennes mettent un terme, de manière scandaleuse, à l’émancipation des Juifs sous la Révolution.»

Il a effacé les dettes dont ils étaient créanciers. Il les a écarté du commerce pour les ruiner ou leur a purement et simplement interdit tout ou partie du territoire.

3. Napoléon était raciste négrophobe

Plus personne en France ne peut nier que Napoléon a rétabli l’esclavage. Mais dans les rangs du monde politique comme académique, on lui invente encore des excuses. Pour les gardiens du temple, le futur empereur avait rétabli l’esclavage aboli par la Révolution et instauré un régime plus ségrégationniste que sous la Monarchie juste pour assouvir son ambition coloniale. Pour accomplir son « rêve américain ». Sans états d’âme, donc ! D’ailleurs, ajoute-t-on, l’abolition de 1794 était mal appliquée.

Dans ce cas, pourquoi persécutait-il les officiers noirs de l’armée française ? Pourquoi par des textes spécifiques, diminue-t-il les droits des Noirs affranchis ? Pourquoi interdit-il les mariages mixtes et condamne le métissage ? La vérité est que Napoléon était raciste négrophobe.

« Je suis pour les Blancs parce que je suis Blanc ! Je n’en ai pas d’autre raison et celle-là est la bonne ! » Telle était la profession de foi de Napoléon Bonaparte devant le Conseil d’Etat, peu après son coup d’Etat en 1799. Ainsi donc, au moment où Napoléon s’empare du pouvoir, il était déjà un esclavagiste convaincu.

Pour preuves, la suite de ses propos : « Comment a-t-on pu accorder la liberté à des Africains, à des hommes qui n’avaient aucune civilisation, qui ne savaient pas seulement ce que c’était une colonie, ce que c’était que la France ? »

Pour lui, c’est entendu, « ceux qui ont voulu la liberté des noirs veulent l’esclavage des blancs. »

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D’ailleurs, pour lui, en abolissant l’esclavage en 1794, les révolutionnaires ne savaient pas du tout ce qu’ils faisaient. « Mais encore croyez-vous que si la majorité de la Convention avait su ce qu’elle faisait et connu les colonies, elle eût donné la liberté aux noirs ? Non, sans doute ! Mais peu de personnes étaient en état d’en prévoir les résultats et un sentiment d’humanité est toujours puissant sur l’imagination. Mais, à présent, tenir encore à ces principes ! Il n’y a pas de bonne foi ! Il n’y a que de l’amour propre et de l’hypocrisie.»

Et Napoléon de mettre en garde : « Si vous étiez venu en Egypte nous prêcher la liberté des Noirs ou des arabes, nous vous eussions pendu au haut d’un mât. »

4. Napoléon était misogyne

Pour la politologue et militante féministe « décoloniale » française, Françoise Verges, le fameux Code civil de Napoléon est un monument de patriarcat. «Il revient sur le divorce par consentement mutuel que la Révolution avait reconnu (faudra attendre les années 1970!, pour que ça change); il exige l’autorisation du mari pour que la femme puisse travailler (encore les années 1970 pour que ça change!); déclare le mari « chef de famille » (annulé en 1970!!) »

En effet, le Code civil considère la femme comme une mineure. Elle ne peut absolument rien faire sans l’accord de son mari. Pour certains actes civils, elle peut même dépendre de son fils.

L’adultère est punit de 3 mois à 2 ans de prison pour la femme et tolérée pour l’homme. Le code civil de Napoléon légitime La violence conjugale. « Le magistrat domestique (le père) doit pouvoir avec modération joindre la force à l’autorité pour se faire respecter. »

Pour Napoléon, l’Europe a « tout gâté en traitant les femmes trop bien. Elles ne doivent pas être regardées comme les égales des hommes, et ne sont en réalité que des machines à faire des enfants. Il vaut mieux qu’elles travaillent de l’aiguille que de la langue » (1823)

5. Les nazis le considéraient comme un précurseur

Les deux plus grands admirateurs de Napoléon furent Bénito Mussolini et Adolf Hitler. Ce dernier considérait l’empereur comme son modèle.

Claude Ribbe raconte : « Quelques jours après avoir mis la  France hors de combat, Hitler quitte discrètement la Belgique et se pose au Bourget au petit matin d’un bel été. […] En réalité, Hitler va réaliser un rêve : s’incliner devant la tombe de son maître, celui qui a remis les ‘’nègres’’ à leur place, c’est-à-dire dans les fers, le héros qui a fermé les frontières à ceux qui étaient libres, l’homme glorieux qui a entrepris l’extermination des récalcitrants en les gazant. En un mot, le précurseur qui, pour la première fois sans doute dans l’histoire de l’humanité, s’est posé rationnellement la question de savoir comment éliminer en un minimum de temps, avec le minimum de frais et un minimum de personnel un maximum de personnes déclarées scientifiquement inférieures. »

Quelques mois, après sa visite sur la tombe de Napoléon, Hitler fit rapatrier les restes du fils de Napoléon aux Invalides. Des milliers de soldats de la Wehrmacht imiteront le führer et viendront rendre hommage à leur modèle et précurseur Napoléon.

On raconte que Hitler avait en permanence sur sa table de chevet, l’ouvrage de Phillip Bouhler, Napoléon. Kometenbahn eines Genies (Napoléon. L’orbite d’un génie), paru en 1938.

Quant à lui, Mussolini a inspiré une pièce de théâtre à la gloire de Napoléon, Campo di maggio. Hitler l’ a fait traduire en allemand et représenté avec faste en 1932. C’est ainsi que deux années plus tard, il coproduit avec l’Italie une adaptation cinématographique, réalisée par le cinéaste nazi Franz Wenzler. Mussolini participe personnellement à la mise en scène.

6. C’est un boucher sanguinaire

Après le traité de Compefornio qui met fin à la guerre contre l’Autriche en octobre 1797 le chef de gouvernement Barras prend peur de la dimension politique prise par Napoléon. Son petit protégé est devenu la plus grande menace contre son pouvoir. Il décide de l’éloigner et l’envoie prendre l’Egypte au sultan de Constantinople.

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Le 1er juillet 1789, à la tête d’un corps expéditionnaire de 50 000 hommes, Napoléon débarque dans le port d’Alexandrie pour conquérir l’Egypte. Deux ans plus tard, à la tête d’un détachement de 13 000 hommes, il prend aussi la ville de Jaffa en Palestine. Tout comme en Egypte, Napoléon bascule en Palestine dans la violence extrême, la violence absolue.

En Egypte, il fait bombarder la Grande Mosquée pour mater définitivement les populations qui lui résistent. «  J’ai été obligé, se justifie-t-il le lendemain du carnage, de faire tirer des bombes et des obus sur la Grande Mosquée pour soumettre un quartier qui s’était barricadé. Cela fait un effet considérable. Plus de quinze obus sont entrés dans la mosquée. […]. La ville a eu la bonne leçon, dont elle se souviendra longtemps, je crois. »

Sitôt la révolte calmée, Bonaparte fait décapiter tous ceux qui se sont rendus. « Vous voudrez bien, écrit-il froidement à Berthier, donner l’ordre au commandant de la place de faire couper le coup à tous les prisonniers qui ont été pris les armes à la main. Ils seront conduits cette nuit au bord du Nil, entre Boulak et le vieux Caire. Leurs cadavres sans tête seront jetés dans la rivière. »

Rebelote à Jaffa où il donne l’ordre à Berthier d’emmener tout le monde à la plage et de les exécuter. Près de 4000 prisonniers seront ainsi exécutés à Jaffa.

Le rétablissement de l’esclavage à la Guadeloupe et la tentative de rétablissement en Haïti se sont accompagnés d’une barbarie inouïe. Sous les instructions de Napoléon ou avec son approbation, on ne fait pas de prisonniers. Les troupes de Napoléon fusillent systématiquement hommes, femmes et enfants. Le 25 mai 1802, lors de la prise du fort de Baimbridge, les troupes de Napoléon exécutèrent immédiatement près de 700 Guadeloupéens. Des 250 qui se sont rendus, on en a fusillé 100 sur la place de la Victoire et les 150 restants sur la plage de Fouillole.

Selon Antoine Métral : « On variait néanmoins les exécutions. Tantôt, on leur tranchait la tête, tantôt un boulet mis à leur pied les entrainait au fond de l’abîmes des eaux, tantôt ils étaient étouffés dans les navires par la vapeur du souffre. »

Une préfiguration des chambres à gaz !

Pour ajouter une nouvelle teinte à cette palette déjà bien macabre, on va chercher à Cuba des chiens bouledogues avec l’intention de ne les nourrir que d’indigènes.

Yves Bénot, dans La démence coloniale sous Napoléon , parle lui, de 1500 chiens importés de La Havane. Ce qui ferait près de 6000 indigènes jetés en pâture à ces bêtes.

L’occupation en Espace (1808-1814), elle aussi, sera violente et accompagnée de nombreuses exactions sur les civils.

L’historien Jacques-Olivier Boudon estime à 850 000 soldats français morts durant les quinze années du Consulat et de l’empire pour une population de 30 millions !

7. Il était manipulable

Dans la chute de Napoléon, un homme est au cœur de l’intrigue : Talleyrand !

Dans Les 48 lois du pouvoir, Robert Greene raconte :

« Au congrès de Vienne, en 1814, les principales puissances européennes étaient réunies pour se partager l’empire de Napoléon. Toute la ville se réjouissait et les bals étaient les plus splendides que l’on ait jamais vus. Mais l’ombre de Napoléon planait sur les débats. Au lieu d’avoir été exécuté ou exilé à l’autre bout du monde, il avait seulement été déporté sur l’île d’Elbe, tout près de la côte italienne. Même prisonnier sur une île, un homme aussi génial et inventif que Napoléon Bonaparte rendait tout le monde nerveux. Les Autrichiens avaient projeté de le faire assassiner là-bas mais décidèrent que c’était trop risqué. […] »

« Cet hiver-là, cependant, eut lieu une série d’événements si étranges et spectaculaires qu’ils ressemblaient à un scénario de théâtre. L’île était bloquée par une escadre britannique dont les canons couvraient toutes les côtes ; pourtant, le 26 février 1815, en plein jour, un navire avec neuf cents hommes à bord embarqua Napoléon et prit le large. Les Britanniques lui donnèrent la chasse mais il s’échappa. Cette évasion presque impossible étonna toute l’Europe et terrifia les hommes d’État réunis à Vienne. »

« Il aurait été plus sûr pour Napoléon de quitter l’Europe, mais, non content de retourner en France, il provoqua la surprise en marchant sur Paris avec quelques troupes pour reconquérir le trône. Sa stratégie se révéla efficace : le peuple, toutes classes sociales confondues, se jeta à ses pieds. Une armée commandée par le maréchal Ney marcha sur Paris pour l’arrêter mais, quand les soldats virent leur chef bien-aimé, ils changèrent de camp. »

« Napoléon fut de nouveau déclaré empereur. Des volontaires vinrent grossir les rangs de sa nouvelle armée. L’enthousiasme balaya tout le pays. À Paris, les foules étaient en délire. Le roi Louis XVIII s’exila. Pendant les cent jours suivants, Napoléon fut le maître en France. Bientôt, cependant, le vertige se calma. La France était en faillite, ses caisses pratiquement vides, et Napoléon ne pouvait pas y faire grand-chose. À la bataille de Waterloo, en juin de cette année-là, il fut définitivement vaincu. Cette fois, ses ennemis avaient retenu la leçon : ils l’exilèrent sur l’île lointaine de Sainte-Hélène au large de la côte ouest de l’Afrique. De là-bas, il n’avait plus aucun espoir de s’enfuir. […] »

« Des années plus tard seulement, la lumière se fit enfin sur les événements qui avaient entouré l’évasion spectaculaire de Napoléon de l’île d’Elbe. Avant qu’il ne décide de tenter cette folle équipée, des visiteurs venus à sa « cour » lui avaient dit qu’il était plus populaire que jamais en France et que le pays l’accueillerait à nouveau à bras ouverts. Un de ces visiteurs était le général autrichien Koller, qui convainquit Napoléon que, s’il s’échappait, les puissances européennes, y compris l’Angleterre, le reconnaîtraient à nouveau comme chef d’État. Napoléon fut averti que les Britanniques le laisseraient partir et, en effet, son évasion se déroula en plein après-midi, sous les yeux des Anglais. »

« Ce que Napoléon ignorait, c’est que dans les coulisses se tenait un homme qui tirait les ficelles et que cet homme était son ancien ministre, Talleyrand. […] Quand Napoléon avait été exilé à l’île d’Elbe, Talleyrand avait protesté : Napoléon aurait dû être envoyé plus loin, avait-il déclaré, sinon l’Europe n’aurait jamais la paix. Mais personne alors n’avait voulu l’écouter. Au lieu d’insister, Talleyrand prit son temps. »

« Il travailla sereinement et finit par convaincre Castlereagh et Metternich, ministres des Affaires étrangères de l’Angleterre et de l’Autriche. Ensemble, les trois hommes décidèrent d’appâter Napoléon en lui proposant une évasion. Même la visite de Koller, qui chuchota des promesses de gloire à l’oreille de l’exilé, faisait partie du plan. Tel un magistral joueur de poker, Talleyrand avait tout prévu. Il savait que Napoléon tomberait dans le piège qu’il lui avait tendu. Il savait aussi que Napoléon jetterait le pays dans une guerre qui, étant donné l’état exsangue de la France, ne durerait pas plus de quelques mois. »

Pour tous ceux qui veulent aller plus loin, nous recommandons les livres suivants :

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Claude Ribbe, le crime de Napoléon

Yves Bénot, La démence coloniale sous Napoléon

Robert Greene, Les 48 lois du pouvoir

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