Sept choses bouleversantes à savoir sur le chef de l’Etat togolais

Sept choses bouleversantes à savoir sur le chef de l’Etat togolais

23 juin 2021 Non Par Théau Mbemba
Partager avec des amis

Le 6 juin dernier, le chef de l’Etat togolais soufflait sa 55ième bougie. Voici, pour l’occasion, 7 choses bouleversantes à savoir sur Faure Gnassingbé.

Son lieu de naissance

Selon la biographie officielle, Faure Essozimna Gnassingbé est né le 6 juin 1966 à l’hôpital Saint Jean de Dieu d’Afagnan. Pour la petite histoire, la sage-femme qui a accompagné Sabine Mensah avant, pendant et après l’accouchement est…la mère du futur économiste Kako Nubukpo. Ainsi un lien « fraternel » lie l’économiste au chef de l’Etat togolais. Chaque année, les deux « frères » ont plusieurs tête-à-tête. De fait, Faure ne manque jamais d’intervenir pour donner un coup de pouce à la carrière de son « frère » Kako. grâce à la médiation de Faure Gnassingbé, Kako Nubukpo s’est réconcilié avec le chef de l’Etat ivoirien Alassane Ouattara. Pour rappel, Kako Nubukpo avait fait un commentaire hasardeux sur la position du chef de l’Etat ivoirien à propos du CFA.

Construit par les religieux du Fate Bene Fratelli de Milan, l’hôpital d’Afagnan a été inauguré le dimanche 5 juillet 1964. Absent lors de l’inauguration, le président Nicolas Grunitzky s’est rattrapé en visitant l’hôpital le jeudi 9 juillet 1964. Interrogé par la presse, il a promis que « tout le peuple togolais apportera son aide à l’amélioration de cet hôpital afin qu’il puisse rapidement fonctionner dans les meilleures conditions possibles. »

Et pourtant en seize ans de règne, Faure Gnassingbé n’a jamais participé à l’amélioration de cet hôpital où il serait né il y a 55 ans. Ni à titre personnel ni au nom de l’Etat!

Comme le dit d’ailleurs l’opposant Nathaniel Olympio dans un tweet : « Même pas un scanner opérationnel ni aucun hôpital construit en 16 ans de présidence. »

Triste !

Son prénom “Faure”

Son prénom lui vient de l’admiration que son père vouait à Edgar Faure. Edgar Faure fut député à 38 ans, treize fois membre du gouvernement, deux fois président du conseil. C’est lui qui négocia la décolonisation de la Tunisie et du Maroc.

Ironie du sort, l’université Paris-Dauphine où Faure Gnassingbé a obtenu, selon sa biographie, une maîtrise supérieure de gestion a été créée à l’initiative d’Edgar Faure alors ministre de l’Education nationale.

C’est également un ancien conseiller d’Edgar Faure à ce ministère de l’Education nationale en 1968, le juriste français Charles Debbasch qui continue à tripatouiller la constitution sur mesure pour lui.

D’Edgar Faure, le chef de l’Etat togolais n’a pas hérité du génie du compromis. Mais Faure Gnassingbé lui a emprunté son sens de la formule vide. C’est ainsi que « Le changement dans la stabilité » ou « Continuons le changement » de Faure Gnassingbé sonne aussi vide que « L’indépendance dans l’interdépendance », « La fermeté dans la modération » ou « L’expansion dans la stabilité » d’Edgar Faure.

Préparé pour succéder à son père au pouvoir

Même s’il s’en défend, Faure Gnassingbé a été préparé pour succéder à son dictateur de père. Dans les sorciers blancs, Vincent Hugeux révèle qu’à l’Elysée, on se souvient de la première venue du dauphin. « Un jour de 2003, raconte un proche conseiller de Jacques Chirac, Eyadéma père appelle. Mon garçon, explique-t-il, entre en politique, et j’aimerais que vous le receviez. Ainsi fut fait. »

En effet, fier des diplômes de son fils, Gnassingbé Eyadéma en avait fait son grand « argentier ». Aussi, à la fin de ses études dans les années 90, il l’a confié à deux mentors successifs. Un banquier togolais pour qu’il se familiarise aux circuits financiers. Ensuite un de ses fidèles en politique, Fambaré Natchaba. « En compagnie de qui, raconte le Canard Enchaîné du 04 mai 2005, l’ancien sous-ministre de Mitterrand d’origine togolaise [Koffi Yamgnane, ndlr] se souvient l’avoir vu débarquer dans son bureau à l’Assemblée nationale à Paris à la fin des années 90. ‘‘Le garçon était timide, réservé, très respectueux : il se répandait en courbettes !’’»

Le désormais gestionnaire de la fortune et des intérêts du clan à Gnassingbé, est ensuite trimballé et présenté dans les sommets internationaux.

Lire aussi:  Dans la tête de l’auteur du coup d’Etat en Guinée

En 1999 Faure Gnassingbé est “élu” député. En 2002, il est nommé ministre des mines et de l’équipement dans le gouvernement de son père .

C’est ainsi qu’à la mort du vieux dictateur le 5 février 2005, Faure Gnassingbé a été bombardé chef d’Etat en lieu et place de son mentor Fambaré Natchaba. C’est ce dernier qui devait assurer l’intérim de la présidence de la République en sa qualité de président de l’Assemblée nationale. Un scénario plus ou moins écrit d’avance et exécuté par des officiers supérieurs de l’armée.

Addict du pouvoir, Faure est prêt à tout pour le garder

Selon un universitaire proche du chef de l’Etat togolais, « Faure Gnassingbé est un homme prêt à tout pour garder le pouvoir. » Les faits ne lui donnent pas tort.

Assoiffé de pouvoir absolu, Faure Gnassingbé, n’a pas lésiné sur les moyens pour remettre les compteurs à zéro après trois mandats. Ce récent changement de constitution lui sert de prétexte pour  rester à la tête de l’Etat jusqu’en 2030. La famille Gnassingbé dirige le Togo depuis 54 ans. Un record de longévité uniquement battu par la Corée du Nord.

En 2005, c’est en marchant sur les cadavres d’un millier de ses compatriotes qu’il accède au pouvoir.

Quatre ans plus tard, il met en prison son frère et complice dans sa prise de pouvoir Kpatcha Gnassingbé pour…tentative de coups d’Etat . Une détention jugée arbitraire par un groupe de travail du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. La Cour de justice de la CEDEAO aussi a demandé sa mise en liberté. Après douze années de détention, l’état de santé de Kpatcha Gnassingbé est préoccupant. Si Faure Gnassingbé refuse de le gracier, c’est parce qu’il le soupçonnerait d’entretenir des relations avec …l’opposition. Le chef de l’Etat aurait-il peur de l’activisme de son frère une fois élargi?

Lire aussi:  Togo: Quelles sont les conséquences de la suspension de la transhumance sur l'économie togolaise?

C’est cette même envie de protéger son fauteuil qui l’a poussé à embastiller par deux fois l’ambitieux ancien ministre de l’Administration territoriale et Directeur de Cabinet du chef de l’Etat, Pascal Bodjona.

C’est toujours, cette volonté de garder le pouvoir à tout prix qui pousse Faure Gnassingbé à attribuer au groupe Bolloré pour 35 ans la concession du terminal à conteneurs du Port Autonome de Lomé en 2010.

En 2021, Bolloré confesse devant une magistrate française qu’il a corrompu le chef de l’Etat togolais pour jouir de ce contrat. Dans Vincent Tout-Puissant, l’industriel Jacques Dupuydauby confie aux auteurs Nicolas Vescovacci et Jean-Pierre Canet une conversation qu’il aurait eue en 2007 avec le chef de l’Etat togolais:

«  Juste après le sommet de Lisbonne en décembre 2007, Faure Gnassingbé, que je voyais tous les mois, m’a soudainement expliqué : ‘‘J’ai un gros problème. Lors du sommet, nous nous sommes vus avec Sarkozy. Il m’a dit que la France soutenait ses amis, comme le Togo, mais qu’en contrepartie la France attendait de ses amis, qu’ils se comportent de manière amicale.’’ Et là Faure Gnassingbé me dit que Sarkozy lui a demandé de donner la gestion du Port de Lomé à Bolloré en direct. […] Plusieurs ministres togolais me l’ont également confirmé. […] Et Faure Gnassingbé m’a précisé qu’il aurait voulu résister, mais qu’il n’avait pas pu.»

C’est un cynique qui aime tout contrôler

Selon le même universitaire proche du chef de l’Etat togolais, « Faure Gnassingbé aime tout contrôler. Il ne veut pas avoir le couteau sur la gorge. Quand il est sous pression, il se refuse à faire ce qu’on attend de lui. Il faut que cela paraisse être sa propre décision. Il se braque systématiquement quand il a l’impression que l’opinion publique veut lui imposer un agenda»

C’est ce qui explique que l’intervention directe du président François Hollande auprès de son homologue togolais fin 2012, pour faire libérer l’ancien président de la compagnie pétrolière Elf Loïk le Floch-Prignet, détenu à Lomé, n’avait pas été immédiatement suivie d’effet.

C’est également pour cette raison que le professeur Dodzi Kokoroko est maintenue à la présidence de l’Université de Lomé et nommé ministre malgré sa condamnation par le Cames.

Le refus par Faure Gnassingbé de toute évolution démocratique malgré les manifestations monstres de l’opposition réclamant son départ en 2012 puis en 2017 participe de cette réalité.

Cynique jusqu’au bout des doigts, Faure Gnassingbé « monte » des affaires judiciaires pour disqualifier ses plus sérieux concurrents. L’un d’eux, Albert Olympio est décrit par un magazine international comme le « brillant représentant d’une nouvelle génération de politiciens ».

En novembre 2017, au Camp militaire de Témédja, Faure Gnassingbé fait porter à la coalition C14 la responsabilité des victimes des manifestations pacifiques de l’opposition. « Ceux et celles qui organisent ces manifestations portent une lourde responsabilité des victimes que les participants ont faites et des dégâts qu’ils ont  causés. Ce fut le cas de cet enfant tué à Mango, et aussi à Sokodé […] ». Derrière cette phrase il y avait la mort de deux militaires annoncée par les autorités.

Lire aussi:  Comment réagir quand on critique injustement Laurent Gbagbo

Pour mesurer le degré de cynisme de Faure Gnassingbé, il faut avoir en tête que les enfants auxquels il fait allusion ont été abattus par des éléments des forces armées!

Pour lui, tout s’achète…pourvu qu’on y mette le prix

Pour Faure Gnassingbé à qui son père a confié de son vivant les clés de ses  comptes à Zurich et du pouvoir dans un régime d’obligés, tout s’achète pourvu que l’on consente à y mettre le prix. Dans Les sorciers blancs, Vincent Hugeux raconte une expérience vécue au Togo par son confrère du Figaro, Thierry Oberlé. C’était lors de la campagne présidentielle du père en juin 1998.

« Après avoir couvert un meeting à Kara, fief du clan, il rallie la résidence du sortant pour une interview. Rendez-vous manqué du fait d’un pataquès quant au lieu précis de l’entretien. Qu’à cela ne tienne, Faure et Kpatcha, deux des fils du chef, lui suggèrent de converser avec papa dans l’avion du retour sur Lomé. Et, en attendant, l’invitent à partager un whisky. Commence alors un dialogue ébouriffant.

‘‘-Sous quelle forme paraîtra cet échange ? s’enquit Faure, le futur président.

-Plutôt un papier, répond Oberlé, évasif. Ça dépend du contenu.

-Un bon papier ?

-J’ai assez peu de raisons d’écrire un article que vous jugerez bon.

-La presse est injuste avec mon père. Cela dit, on peut vous payer.

-Je ne travaille pas comme ça.

-Si vous préférez, on peut aussi vous donner une licence de pêche.

-Je ne suis pas pêcheur.

-Pas grave. Vous pouvez revendre la concession en Europe, ou à des Japonais.

-Sans façons. Je n’ai aucun sens des affaires.

-Soit. Nous pourrions dans ce cas acheter de la pub dans le Figaro.

-Non, vraiment. Désolé.

-D’habitude, ça ne se passe pas de cette façon. »

Le peuple le défie dans la rue tous les deux ans après une réélection contestée

Lors d’un entretien accordé au Monde Afrique et à l’AFP à quelques jours de la présidentielle 2020, Faure Gnassingbé a confié aux envoyés spéciaux des deux médias être victime d’une malédiction. « Chaque deux ans après une réélection, les Togolais sont dans la rue pour réclamer ma démission. », confie-t-il à ses intervieweurs.

En effet, deux ans après sa réélection contestée de 2010, un vent de contestation porté par le Collectif Sauvons le Togo a failli emporter le régime. Même scénario après sa réélection contestée de 2015. En Août 2017, les Togolais étaient de nouveau dans la rue à l’appel de la coalition C14. Pendant presque deux ans, ils ont battu le pavé pour réclamer la démission de Faure Gnassingbé. Il a fini par mettre fin à la contestation en faisant sauvagement réprimer les manifestations pacifiques. Mais l’adage populaire ne dit-il pas qu’il n’y a jamais deux sans trois ?

Recommandations:

Sylvanus Olympio, le Père de l’Indépendance togolaise

Atsutsè Kokouvi Agbobli, Editions Graines de pensées

Vincent Tout-Puissant 

Nicolas Vescovacci , Jean-Pierre Canet  

Vous êtes libre de commander ce livre ICI

Théau Mbemba

Partager avec des amis

Je soutiens librement Amaniainfo et je fais un don maintenant.

Parce que je veux comprendre et donner un sens au monde.

Je fais un don maintenant