Bientôt la vérité sur le décès tragique du père de l’indépendance togolaise Sylvanus Olympio ?

Bientôt la vérité sur le décès tragique du père de l’indépendance togolaise Sylvanus Olympio ?

24 juin 2021 Non Par Théau Mbemba
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Selon un article du site Médiapart, la famille du père de l’indépendance togolaise vient d’entamer, pour la première fois, des démarches pour avoir accès aux archives françaises. Et ce dans le but de connaître la vérité sur les circonstances de la mort de Sylvanus Olympio, tué le 13 janvier 1963.

C’est un neveu du père de l’indépendance togolaise, Jean-Sylvanus Olympio qui a été chargé par la famille de conduire cette démarche.

Dans une lettre au centre des archives diplomatiques de Nantes, il écrit :

« Nous voulons savoir ce qu’il s’est passé entre le 12 janvier à 18 heures, heure à laquelle ma mère, qui était la belle-sœur de Sylvanus Olympio, l’a quitté, et le 13 janvier à 7 heures, moment de son décès »

En effet, cinquante-huit ans après les faits, « il n’y a jamais eu d’enquête sérieuse sur les auteurs et le mobile de ce meurtre. Sa famille souhaite aujourd’hui ‘‘connaître la vérité’’ », explique Fanny Pigeaud, l’auteure de l’article.

Ce qu’on sait avec certitude

Tout ce que l’on sait avec certitude, rappelle l’article, c’est que :

  • Des hommes en tenue militaire et armés sont entrés brutalement dans la résidence personnelle de Sylvanus Olympio dans la soirée du 12 janvier.
  • Ils n’ont pas trouvé le président malgré une fouille minutieuse des lieux.
  • Ils ne l’auraient localisé qu’en fin de nuit, dans la cour de l’ambassade des États-Unis voisine.
  • Aux alentours de 7 heures, trois coups de feu ont retenti.
  • Vers 7 h 20, l’ambassadeur américain, Leon Poullada, et l’un de ses adjoints ont découvert le corps sans vie de Sylvanus Olympio, devant une porte de leur ambassade selon la version officielle américaine
  • D’après le témoignage de la fille de Leon Poullada, c’est à l’intérieur même de l’enceinte diplomatique que le corps sans vie du père de l’indépendance togolaise a été retrouvé
  • Un médecin légiste a établi que le chef de l’État a été tué par balles et à la baïonnette, d’après un rapport de Leon Poullada.
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Les zones d’ombre

La mort tragique du père de l’indépendance togolaise a eu de lourdes conséquences pour le Togo et l’ensemble du continent. En effet, Sylvanus Olympio est le premier président africain tué dans un coup d’Etat après l’indépendance. Des zones d’ombres subsistent sur le rôle joué par les officiers français présents ce jour-là et sur la responsabilité de Gnassingbé Eyadéma.

Sous-officier dans l’armée française en Indochine et en Algérie, Gnassingbé Eyadéma fait partie des « démobilisés » qui voulaient intégrer l’armée togolaise. Mais le président Sylvanus s’opposait à ce projet pour des raisons budgétaires.

Au lendemain du tragique évènement, Gnassingbé Eyadéma a revendiqué le meurtre du père de l’indépendance togolaise. Puis s’est rétracté trente ans plus tard. L’un des conjurés James Assila confiera plus tard à l’historien Atsutsè Agbobli que Gnassingbé Eyadéma n’était pas l’auteur du meurtre. Sans malheureusement lui révéler le responsable en question.

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La France à la barre

Selon Fanny Pigeaud, l’auteure de l’article sur Médiapart, Kate Skinner une chercheuse britannique a identifié dans les archives américaines que la France a activement milité pour empêcher toute enquête indépendante sur la mort tragique de Sylvanus olympio, le père de l’indépendance togolaise.

« La France a été de plusieurs manières au cœur des événements ce 13 janvier 1963. », explique l’article. On sait aussi qu’ « après le putsch, le ministre de l’intérieur du gouvernement renversé, Théophile Mally, a accusé Henri Mazoyer [à l’époque ambassadeur de France au Togo, ndlr] et des officiers français d’avoir incité ces anciens militaires à se rebeller. La France a nié vigoureusement. »

Fanny Pigeaud rapporte également les confidences du président français Charles de Gaulle à son ministre Alain Peyrefitte : « Ce pauvre Sylvanus Olympio était matois. Il voulait jouer au plus fin. C’était un homme d’Unilever. Il s’appuyait sur les Anglais. Il avait grandi dans l’opposition à la France. Une fois arrivé au pouvoir contre nous, il avait affecté de ne pas vouloir d’accord avec nous. Puis voyant que ça lui était difficile sans notre aide, il a voulu un accord, mais sans en avoir l’air. Il lui fallait tromper tout le monde. Naturellement, il a été puni par où il a péché.»

Les raisons de l’aversion de la France pour le père de l’indépendance togolaise

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Quel sort sera réservé à la démarche de la famille du père de l’indépendance togolaise

La famille du père de l’indépendance togolaise s’attend à ce que les démarches prennent du temps. Elle anticipe même sur un refus. Leur avocat William Woll compte d’ailleurs déposer directement une requête devant la Cour européenne des droits de l’homme si les autorités française leur oppose le ‘‘secret défense’’.

En effet, par jurisprudence, aucun juge français ne peut obliger une déclassification ‘‘secret défense’’ et la production d’un document aux ayant-droits.

La famille compte initier la même démarche aux Etats-Unis. Selon Jean-Sylvanus Olympio, on raconte dans la famille que c’est John Kennedy himself, un ami de longue date de Sylvanus Olympio qui aurait prévenu ce dernier et lui aurait dit de fuir la maison.

Pour aller plus loin:

Théau Mbemba avec Médiapart

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