Des prêtres de Hebiesso arrêtés pour avoir enlevé la jeune Amivi

Des prêtres de Hebiesso arrêtés pour avoir enlevé la jeune Amivi

12 juillet 2021 Non Par Théau Mbemba
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Faits divers d’archives est une série qui revisite les archives de Togo-Presse des années 1960 pour faire revivre les faits divers de l’époque. Aujourd’hui, nous allons revivre un fait divers raconté dans les colonnes de Togo-presse N°1462 du samedi 27 mai 1967.

S’il y a une catégorie d’hommes à qui le procès scientifique fait du tort, c’est bien celle des féticheurs et des propriétaires de couvents où le roi n’est pas un personnage de la Bible, mais Hébiesso et les autres divinités qui peuplent l’Élysée des légendes de nos ancêtres.

Le couvent du « Vodou Hébiesso », le plus ancien des 4 couvents de ce genre à Bè fait depuis quelques temps de si mauvaises affaires que ses prêtres, pour pouvoir subsister, ont été amenés à user de moyens telles que la menace l’intimidation etc, afin de « faire » des néophytés.

Trois hommes de ce couvent sont actuellement les verrous, à la gendarmerie, pour avoir séquestré la petite Amivi K., 13 ans. Il s’agit de Mikossokpo le « hounsrougan », (le grand prêtre), une cinquantaine d’années, cheveux grisonnants et dents éparses ; Akpèni, l’ « Agbogan », c’est-à-dire celui qui « soigne » les statues du Dieu Hébiesso une cinquantaine d’années également, quoique paraissant un peu plus jeune que Mikossokpo, sans doute parce que plus soigneux de sa personne, à en juger par son crâne et sa barbe rasés de près et une petite moustache à la « Hitler » ; et Komla Gavo, le benjamin du groupe avec ses 25 ans. Il gagne sa vie au couvent en chantant, dansant, et battant du tam-tam.

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Le propriétaire du couvent, un nommé Kpao n’a pas été inquiété parce que n’étant pas pratiquement trempé dans cette affaire de détournement de mineur. À en croire Akpéni, l’ « Agbogan » qui nous a parlé sur un ton d’admirable assurance et de maîtrise de soi, la petite Amivi est « l’incarnation de la prêtresse de Hébiesso ». D’ailleurs dans la famille maternelle d’Amivi, on est « vodoussi » de mère en fille. Ayidogbé, la « préposée aux distractions » ; la femme clown chargée de faire rire des vodoussi à qui Kpao, excellent psychologue, a songé à adoucir les rigueurs de la vie claustrale.

La vieille Ayidogbé a tant et si bien aimé ce métier qu’elle a fait rentrer dans le même couvent sa propre fille Tatè, la mère d’Amivi.

Et puisque Tatè est au couvent, il n’y a pas de raison pour qu’Amivi n’y soit pas. La vieille Ayigbé, a donc voulu arranger l’entrée au couvent de sa petite-fille. Ce qu’elle a fait, et de la manière la plus expéditive. Un beau soir, elle dit a Amivi, « Ecoute, tu vas m’obéir. Dans quelques instants, Akpéni viendra à passer, je te toucherait du doigt. Tu te lèveras et tu le suivras, compris ? »

L’enfant obéit, et suit docilement Akpéni, quand celui-ci se présente. Mais Ayidogbé a voulu trop bien faire les choses. Elle est allée ensuite dire au père de la fille que son enfant venait de disparaître. Celui-ci alerte un de ses frères. Des recherches sont entreprises. C’est alors qu’Akpéni fait parvenir aux parents de la fille, le message suivant : « Inutile de chercher plus longtemps votre fille, elle est avec moi et je la garde ».

« Vous la prenez pour femme ou quoi ? », lui fait demander un oncle d’Amivi. Akpéni n’a pas répondu à cette question.

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Le père d’Amivi, indigné, porte pleine à la gendarmerie. Kpao consent alors à laisser l’enfant retourner chez elle. Mais Mikposso et Akpéni s’y opposent.

Gavo, le batteur de tam-tam se fait même menaçant « Si votre fille ne réintègre pas le couvent d’ici 7 jours, elle sera prise de folie furieuse et en mourra parce qu’elle à mangé de notre sel et bu de notre eau. C’est moi qui vous le dis »

Mais hier à la gendarmerie, Gavo n’a plus osé renouveler ses menaces. Il est devenu aussi humble qu’un agneau, de même que ses deux compères, qui affirment que leur couvent ne fait rien de mal, qu’ils sont avant tout, d’honnêtes guérisseurs qui ont déjà guéri, moyennant de très faibles rétributions, des tas de gens souffrant d’épilepsie, de paralysie, de rhumatismes et d’asthme, maladies contre lesquelles nos hôpitaux sont impuissants.

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Togo-presse N°1462 du samedi 27 mai 1967.

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