Pegasus : Faure Gnassingbé compromis dans un scandale mondial contre la démocratie

Pegasus : Faure Gnassingbé compromis dans un scandale mondial contre la démocratie

27 juillet 2021 Non Par Théau Mbemba
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Les autorités togolaises ont été citées dans une affaire d’espionnage international. Dimanche 18 juillet, un consortium de journalistes et une dizaine de médias internationaux ont révélé que des Etats dictatoriaux et autoritaires, dont le Togo, ont utilisé Pegasus, un logiciel espion pour surveiller de façon systématique des journalistes, des avocats, des militants des droits de l’homme et des responsables politiques. Le logiciel espion a été produit par NSO Group, une entreprise israélienne. Il infecte les téléphones portables et en aspire toutes les données.

Togo, Etat-voyou récidiviste

Le Togo de Faure Gnassingbé est compromis dans un scandale mondial contre la démocratie. En effet l’Etat togolais utilise le logiciel espion israélien pour surveiller ses propres concitoyens. C’est la seconde fois que Faure Gnassingbé est pris la main dans le sac. Une enquête menée par Le Monde  et The Guardian  révélait en août 2020 que le régime togolais avait utilisé Pegasus pour espionner des religieux catholiques, des militants de la société civile et des opposants politiques. L’enquête avait bénéficié de l’appui d’un laboratoire de l’Université de Toronto. Le Citizen Lab qui étudie le cyber espionnage contre la société civile.

Cette fois-ci, pas moins de 300 numéros togolais apparaissent dans la liste des cibles potentielles du logiciel espion.

Ferdinand Ayité, journaliste d’investigation et directeur du bihebdomadaire L’Alternative est l’une de ces cibles.

Acharnement judiciaire

Depuis quelques mois, Ferdinand Ayité fait l’objet d’harcèlement judiciaire. Dans ce pays de l’Afrique de l’ouest, riche de ses mines de phosphates et de son port en eau profonde, on se transmet le pouvoir de père en fils depuis 54 ans. Pour faire passer la pilule, on ne s’embarrasse pas de scrupules pour étouffer toute opposition. De même que la liberté d’expression et la liberté de manifestations. Du coup, les enquêtes de Ferdinand Ayité sur « la minorité qui accapare les richesses du pays », selon une expression même du chef de l’Etat, dérangent.

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Les autorités togolaises ne sont pas les seules à s’acharner contre le journaliste d’investigation et directeur du bi-hebdomadaire L’Alternative. En mars 2020, suite à une plainte de l’ambassadeur français de l’époque, Marc Vizy, L’Alternative a été suspendue pendant deux mois. Une répression pour un article sur Franck Paris, le conseiller Afrique du président français.

En décembre 2020, la justice togolaise le condamne à une lourde amende pour diffamation. Sa faute : avoir révélé l’affaire dite de « Petrole Gate », un gigantesque détournement de 500 milliards de francs CFA, orchestré par des fonctionnaires. Et ce, malgré la confirmation des allégations par un rapport d’audit commandité par le gouvernement togolais.

En février 2021, les autorités togolaise suspendent de nouveau L’Alternative pour quatre mois. Cette fois-ci sur plainte d’un ministre togolais, Me Koffi Tsolenyanu.

Depuis 2018, le téléphone de Ferdinand Ayité a probablement été infecté par Pegasus. Un logiciel hautement sophistiqué qui peut avoir accès à l’ensemble des contenus d’un téléphone.

“L’attaque est invisible”

Selon le consortium Forbidden Stories, le journaliste d’investigation a été sélectionné pour être potentiellement ciblé avec le logiciel espion Pegasus pour le compte des autorités togolaises. Mais n’ayant pas pu analyser le téléphone de Ferdinand Ayité, le consortium ne peut ni confirmer ni infirmer l’infection.

Avec ses compatriotes Carlos Ketohou et Luc Abaki, il fait partie des 200 journalistes environ dans le monde dont les téléphones ont été sélectionnés pour être ciblés par des clients de NSO Group, l’entreprise israélienne ayant développé le logiciel espion.

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Le logiciel espion Pegasus peut même activer à distance la caméra et le micro du téléphone. Selon les experts du Consortium Forbidden Stories, « L’attaque est invisible. Une fois “infecté”, votre téléphone devient votre pire ennemi. Depuis votre poche, il trahit instantanément vos secrets et livre vos conversations privées, vos photos personnelles, presque tout ce qui vous concerne. Cette surveillance a des conséquences dramatiques, voire mortelles dans certains cas, pour les hommes et les femmes ordinaires qui ont été pris pour cible en raison de leur travail de dénonciation des méfaits de leurs gouvernants ou de défense des droits de leurs concitoyens. »

Ferdinand Ayité n’a pas de doute sur les clients togolais de Pegasus. « C’est le régime qui a acquis ce logiciel pour des actes malveillants. C’est leur responsabilité ! »

Ne pas céder à la panique

Selon nos  confrères du quotidien Le Monde, Le chef de l’Etat togolais n’a pas nié une potentielle responsabilité.

« Interrogé, mercredi 14 juillet, à Lomé par Le Monde sur l’utilisation par son pays du logiciel Pegasus dans la lutte contre le terrorisme, le président Faure Gnassingbé ne nie pas. « J’ai appris ça », commence-t-il par dire en riant, avant de préciser : ‘‘Chaque Etat souverain s’organise pour faire face à ce qui le menace avec les moyens dont il dispose.’’ Et concernant le détournement de cette arme numérique contre ses opposants ? ‘‘ Ah, ça, je ne peux pas vous le confirmer.’’ Ni donc l’exclure. »

Pour Ferdinand Ayité il ne faudrait pas céder à la panique. « Cela fait des années que nous avons opté pour la prudence. Ce scandale nous appelle à ne pas baisser la garde. Que chacun redouble de vigilance mais aussi prenne conscience de la situation de notre pays.» conseille-t-il.

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Le journaliste d’investigation, n’a encore rien décidé quant à la suite à donner à cette affaire, à ce stade. « C’est une réflexion d’ensemble qui est en cours avec des organisations assez crédibles dans le monde. »

Citoyens avant d’être journaliste, Ferdinand Ayité demande aux autorités togolaises de respecter les dispositions élémentaires qui consacrent le respect de la vie privée dans la constitution togolaise. « Qu’elles utilisent ces milliards pour doter le pays d’écoles, d’hôpitaux équipés, d’universités au lieu de les donner aux étrangers. »

Plus de 10 milliards de FCFA par an pour espionner d’honnêtes citoyens

En effet, le coût d’acquisition du logiciel espion israélien est très élevé. Il s’élève en moyenne à près de 13 909 574 FCFA (environ 25 000 dollars) par cible. Dans au moins un cas, NSO Group a vendu 300 licences pour près de 4,5 milliards de francs CFA (8 millions de dollars US). A cette somme, il faut ajouter comme l’explique Ferdinand Ayité sur sa page Facebook, le coût de l’acquisition du logiciel

En fait, il faut souscrire à un abonnement annuel de 10 millions d’euros soit plus de 6 milliards et demi de FCFA.

Le règne à vie obsède tellement Faure Gnassingbé qu’il n’hésite pas à dépenser près de 10 milliards par an pour surveiller comme de vils criminels d’honnêtes citoyens togolais.

Nathaniel Olympio, le président du Parti des Togolais a fait le calcul sur les 5 années écoulées:

Conclusion de Dany Ayida, spécialiste des questions de démocratie et de gouvernance :

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