Comment faire l’amour avec un Togolais sans se fatiguer

Comment faire l’amour avec un Togolais sans se fatiguer

2 août 2021 Non Par Théau Mbemba
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Quand est-ce que ce Togo de pays réussira-t-il enfin à nous donner la joie d’être de quelque part ?  C’est la question que se pose aujourd’hui David Kpelly dans son lundi décalé.

On a beau se résigner

J’ai passé une semaine plutôt morose. Mon amour-propre de Togolais a, une fois de plus, pris un coup devant l’élimination précoce des quatre athlètes représentant le Togo aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020.

Qu’on ne se méprenne point sur mes ambitions ! Je ne m’attendais pas à ce que nos athlètes nous ramènent un coffre de médailles les unes plus dorées que les autres. J’étais même, à vrai dire, préparé à ce que nos ambassadeurs rentrent bredouilles. Puisque l’histoire ne retient jusqu’ici qu’un seul Togolais! Formé en France, Benjamain Boukpeti, a remporté, en 2008, une médaille olympique en bronze.

Mais le patriotisme ne nous joue-t-il pas toujours de ces tours ? On a beau se résigner et s’attendre à l’échec. Chaque fois que la patrie plie genou, on se sent mal. Je me suis donc senti mal toute la semaine. Je me suis senti mal en voyant nos athlètes presque perdus, se vidant de toute la volonté de leur corps. Mais se heurtant, à chaque fois, à la triste et cruelle réalité : leur niveau était très loin derrière celui de leurs concurrents.

Et, au milieu de ces hymnes qui résonnaient sous les nuages de Tokyo, avec tout le potentiel du soft-power qui s’y jouait, j’ai désespérément attendu les échos de la « Terre de nos Aïeux. »

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En vain!

« Quand est-ce que ce pays réussira-t-il enfin à nous donner la joie d’être de quelque part ? », me suis-je demandé, abattu, quand notre dernier athlète se faisait disqualifier, n’ayant même pas eu la chance de montrer ce qu’il savait faire, à cause d’un faux départ.

Amour-propre de Togolais

Ce fut donc rongé par cette tristesse que je suis tombé, hier nuit, sur une émission vidéo sur Facebook animée par un de ces leaders d’opinion du presque rien appelés influenceurs. L’émission avait pour thème : « Les Togolais sont les meilleurs hommes au lit en Afrique : vrai ou faux ? » Le principe était que des internautes, hommes ou femmes, Togolais ou pas, appellent pour confirmer ou infirmer la déclaration.

Qu’on fasse preuve de mansuétude à mon égard en comprenant qu’il m’était impossible de passer à côté d’un tel thème. Un thème qui, de surcroît, mettait à l’honneur le mâle togolais, moi donc.

Des quatre coins du globe, des hommes et femmes de tous les âges ont appelé. Tel qui confirmait combien sa femme lui avait juré que juste pour ses prouesses au lit elle ne l’abandonnerait jamais. Même aux portes de l’enfer! Tel autre qui remerciait les dieux togolais de la virilité de l’avoir aidé à conquérir à vie une femme d’une classe sociale nettement plus élevée que la sienne. Une Africaine des bords de l’équateur qui jurait que des vingt hommes qu’elle avait accueillis dans son monde aucun n’avait mieux dompté son corps qu’un Togolais. J’entendis même une femme ougandaise d’un certain âge affirmer que depuis le jour où elle avait croisé un Togolais, elle avait allumé des cierges pour prier le bon Dieu de la tuer le jour où elle irait avec un non-Togolais.

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A la fin de l’émission ayant duré presque deux heures, l’animateur, aux anges, n’a pas pu retenir sa satisfaction devant l’unanimité des commentaires en hurlant : « Que je suis fier d’être Togolais ! »

Faire l’amour à un Togolais…sans se fatiguer

Plusieurs questions d’ordre moral m’ont effleuré l’esprit quant à l’essence d’une telle émission. Avec tout ce qu’elle faisait entendre de paillard, de grivois et de vulgaire sur toute une communauté! Une communauté réduite à l’excroissance de chair entre ses jambes! Mais au-delà de ces questions, une autre qui me taraude jusqu’ici. « Qu’est-ce qui remplit aujourd’hui notre vide ? »

Avec quoi se frappe-t-on la poitrine sous ces cieux? Ces cieux où rien n’a été fait. Où rien ne se fait. Ces cieux où les jours embrassent les nuits sur le néant !

Ce vide que mes compatriotes et moi ressentons à chaque fois que nous ne voyons le nom de notre pays nulle part. Ce vide où nous ne voyons notre pays nulle part, quand on parle d’économie, de bonne gouvernance, de technologie, de recherche scientifique, de sport, d’art… Avec quoi voudrait-on qu’on le remplisse ? A défaut de quelque chose, on remplit notre amour-propre de Togolais avec rien. Ce rien qu’a déniché mon compatriote pour animer son émission. Parce que tout comme moi qui cherchait sans succès à écouter l’hymne de mon pays à Tokyo, il cherchait quelque chose, n’importe quoi, pour se sentir fier d’être togolais.

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Dans son premier roman, devenu un succès mondial, « Comment faire l’Amour avec un nègre sans se fatiguer », l’écrivain et académicien canadien d’origine haïtienne Dany Laferrière décrit le quotidien de deux jeunes Noirs. L’un, pour se venger de l’esclavage imposé à ses ancêtres par les Blancs, décide de multiplier les aventures avec les jeunes filles blanches. J’ai pensé à ce personnage de Laferrière durant toute l’émission, en écoutant mes compatriotes éructer leurs exploits herculéens au lit. Et je souriais.

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