Heureux au jeu (il avait gagné le gros lot de la loterie nationale) Sébastien Bruce a été très malheureux en amour. (1/2).

Heureux au jeu (il avait gagné le gros lot de la loterie nationale) Sébastien Bruce a été très malheureux en amour. (1/2).

6 août 2021 Non Par Théau Mbemba
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Heureux au jeu, malheureux en amour. Le millionnaire Sébastien Bruce a fait les frais de l’adage populaire. Une perle d’archives parue dans Togo-Presse N°1435 du 21 avril 1967.

Une étrange histoire est arrivée mardi à Sébastien Bruce, celui-là même qui avait été la vedette de l’actualité tout le mois de novembre dernier, parce qu’il avait gagné le gros lot à la loterie nationale.

Sébastien-« Séba » pour ses intimes- a été dans la nuit de lundi à mardi, l’objet de traitement d’une sauvagerie de la part d’un individu assez connu à Lomé où il jouit de la sinistre réputation d’être versé dans la pratique des sciences occultes, Kokou Gnanhoui, le tenancier du bistrot “La Gaieté” à Doulassamé.

Kokou s’est emparé de Sébastien lundi vers minuit avec la complicité de 3 autres individus malfamés. Ils ont fait subir à Sébastien toutes les humiliations possibles et inimaginables. Tout cela, à cause d’une femme. Ils ont forcé le pauvre Sébastien a les conduire cette même nuit jusqu’à Ouidah avec sa propre voiture pour le faire passer devant un tribunal coutumier dont le juge, un féticheur de notoriété est le propre père de Kokou.

Il faudra sans doute remonter au mois de novembre dernier pour situer le début de cette histoire, moitié passionnante, moitié abracadabrante que vient de vivre Sébastien.

Avec le gros lot de la loterie nationale, le caissier du cinéma Rex a connu un succès qui a fait envie. Ses amis se comptent par centaine, parce que Sébastien de caractère doux et affable, ne refuse jamais un « pot » à qui lui plait. Il vient de se faire construire une coquette villa à Akodessewa. Et les femmes affluaient, affluaient…

Il y a quelque mois, « Séba » a fait la connaissance de la sémillante Clémentine. C’est Clémentine qui lui a fait les premières avances. Elle l’a reconnu, elle-même. Elle lui avait juré qu’elle n’était plus liée à Kokou, parce qu’elle avait eu des relations coupables avec un des frères de ce dernier.

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« J’ai à te parler »

Lundi donc, a minuit alors que Sébastien revenait du « Lido-Lido » où il était allé arroser sa nouvelle  4-L (flambant neuf, acheté six jour plus tôt) en compagnie de deux de ses amis Alex Medjago, et Eugène de Souza qu’il est allé déposé chez eux au quartier Zongo, Sébastien a été stoppé à la hauteur de la Bourse du Travail (Boulevard Circulaire) par Kokou qui pilotait un scooter sur le siège-arrière duquel Jean Gnanhoui, un frère de Kokou.

-« J’ai à te parler » lui lance Kokou sur un ton qui n’annonçait rien de bon.

« Seul, non. Devant témoin, oui », lui répond Sébastien déjà apeuré.

-Non ! lance Kokou, de plus en plus furieux et de la bouche de qui sortait une litanie de mots et de phrases qui n’ont aucun sens dans aucune langue de notre monde à nous. « Vous avez séduit ma femme ! » lance Kokou.

-Allons donc à la police dit Sébastien

Kokou : « La police ? connais pas. Je règle mes affaires moi-même et tu auras à faire à ma justice à moi. »

Les paroles cabalistiques de Kokou ont-elles exercé un effet hypnotique sur Sébastien, ou ce dernier a-t-il simplement été paralysé par la peur ? Nous n’en savons rien. Toujours est-il qu’il a été ensuite « invité » par Kokou à se remettre au volant de sa voiture et qu’il obéit. Jean prend place à côté de lui et le cortège se rend au domicile de Kokou à Doulassamé. Là, deux autres individus se joignent aux deux Kokou: un bonhomme supposé être le frère de Kokou avec qui Clémentine dit avoir eu des relations coupables, et Ernest Donounossi, vendeur de disques et joueur de basket-ball assez connu à Lomé. Les autres hommes sont tous originaires de Dahomey.

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Sous l’influence du gri-gri

-« Ils se sont acharnés sur moi avec une rare violence »– raconte Sébastien. Les gens se sont attroupés et les regardaient me maltraiter sans intervenir. Ils m’ont traîné dans la chambre de Kokou et m’ont sommé de boire une décoction. J’ai refusé. Kokou a ensuite pris un peu du breuvage dans le creux de la main et m’a giflé. J’ai alors perdu tout ce que j’avais de volonté. Ils m’ont ensuite déchaussé et m’ont forcé à marcher les pieds nus. Il pleuvait. Je ne savais plus ce que je faisais. J’ai appris par la suite qu’il m’avait fait promener, avec une calebasse de gri-gri sur la tête et qu’il ramassait le sable là où je mettais les pieds ».

« De retour dans la chambre de Kokou, ils m’ont présenté un papier où étaient énumérés les ‘‘forfaits’’ dont ils me chargeaient. J’ai signé parce que je n’étais plus moi-même, et surtout parce qu’ils m’avaient promis de me libérer dès que j’aurai signé. Ils n’en firent rien. Au contraire, ils ont continué à l’accabler. Je les ai suppliés.

-Tu vois, lui aurait dit un moment Kokou, sur un simple mot de bouche, tu m’as suivi comme un chien. Regarde ce que j’ai fais de toi. J’aurai pu t’emmener à la plage et t’égorger là-bas si je voulais.

Sébastien : Je vous en supplie laissez-moi

Kokou : Tu m’as pris ma femme. Tu lui as promis ta nouvelle maison n’est-ce pas ?

Sébastien: Clémentine m’a dit qu’elle a eu des rapports coupables avec ton frère.

Alors de nouveau, Kokou pique une crise de folie furieuse. Il n’est plus question de libérer Sébastien, il faudra le conduire à Ouidah, où il passera en jugement. Clémentine, elle-même, attend là-bas déjà.

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Il était 4 heures du matin, Sébastien se met au volant et les quatre autres prennent place à bord de son véhicule. A la frontière Togo-Dahomey, Kokou présente Sébastien au douanier comme étant son beau-frère : « Nous allons assister à des funérailles », explique-t-il. Les douaniers le croient et les laissent passer parce que Sébastien n’a pu placer le moindre mot. Il était, si l’on veut, sous l’influence du gri-gri.

Un jugement de Salomon

À Ouidah, le père de Kokou n’était pas en ville cette nuit-là. Il était dans un village éloigné nommé Kougbédji, un village de féticheurs. C’est là que le jugement a eu lieu devant Clémentine. Il convient ici souligner la sagesse du père de Kokou un « Salomon » des temps modernes qui a blâmé Clémentine et a donné raison à Sébastien. Mais le vieux féticheur avait même promis de venir à Lomé sept jours après pour mettre un point final à l’affaire.

Kokou, lui, n’avait pas été complètement satisfait par le verdict. Quand on a servi le déjeuner, Sébastien qui avait l’estomac dans les talons (on le comprend) mangea de bon appétit, avec, bien-sûr, la main droite. Les 5 convives mangeaient au même plat, à la mode villageoise avec la main gauche, parce que, disait-il, il ne voulait pas faire à Sébastien l’honneur de manger correctement avec lui.

« Je suis écœuré » nous a dit hier une brave femme qui venait d’apprendre l’histoire. « Il va falloir, a-t-il ajouté, donner un châtiment exemplaire à Kokou et ses complices et les renvoyer à Kougbédji, leur village natal pour qu’ils aillent continuer là-bas leurs histoires de gri-gri. » Kokou et ses compagnons complices ont été arrêtés par la police.

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