Comment faire du caviar à partir de pigeons?

Comment faire du caviar à partir de pigeons?

9 août 2021 Non Par David Kpelly
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Des pigeons prêts à débourser une fortune pour participer à une causerie grivoise ! C’est le début d’une histoire rocambolesque que David Kpelly n’a pas voulu caviarder ce matin dans son lundi décalé.

Je me suis connecté ce matin sur une information à la une sur la toile togolaise. Dans une salle de l’hôtel le plus huppé du Togo, un coach a organisé, avec un succès sans pareil, une conférence facturée à 50 000 CFA par personne.

Incrédule, j’ai, comme tout bon Togolais, rapidement converti le montant en me servant des deux étalons les plus utilisés dans mon pays : le prix du sac de ciment et celui du bol de maïs. Cinquante mille (50 000) FCFA, c’est l’équivalent d’environ 13 paquets de ciment et 62 bols de maïs. Et le SMIG stagne à 35 000 FCFA depuis 2012 !

Des Togolais qui paient le prix d’une quinzaine de sacs de ciment pour une conférence ! Y aurait-il donc un chercheur ayant réussi à trouver quelque remède pour l’immortalité ? Un élixir qu’il vendrait contre ce pactole ? Un pasteur de quelque église dite du Saint Esprit a-t-il décidé de léguer le code des portes du paradis durant cette conférence? Un stratège dédicaçait-il à travers ladite conférence un livre sur comment faire tomber une dictature sexagénaire ?

Qu’était-ce donc, cette conférence pour laquelle mes sœurs et frères togolais ont été capables de dépenser autant d’argent, eux qui nulle part sur cette terre des hommes, n’ont la réputation de dissipateurs ?

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Caviar, champagne et blagues grivoises

Quelques minutes de recherches m’ont permis de connaître le conférencier, plutôt la conférencière. Coach Hamond Chic, qu’elle s’appelle. Quadragénaire d’origine ivoirienne, elle est mariée et mère de deux enfants. Elle vit à Paris et, depuis 2018, anime des émissions sur sa page Facebook où elle donne des conseils de bien-être aux femmes et les aide à s’épanouir et bien tenir leurs foyers.

Ma curiosité aiguisée, je me suis connecté à sa page Facebook. Dans la première émission que je choisis, la grande coach est habillée d’un polo Lacoste, avec une bouteille de champagne à côté. Une internaute l’appelle et lui soumet son problème. Elle couche avec un père et son fils et ne sait comment se débarrasser de l’un d’eux. La coach rit à gorge déployée, complimente l’internaute sur sa beauté, lui fait des blagues grivoises…

Dans la deuxième vidéo que j’ouvre, la coach n’a pas de champagne. Elle porte une belle robe en lin et a le maquillage très marqué. Une internaute l’appelle pour lui soumettre son problème. Elle a couché avec un homme qui a «bien voyagé dans son bas-ventre » et qui l’a amenée aux portes du paradis.

La coach fait des mimiques et émet des propos gutturaux langoureux. Elle fait ensuite comprendre à l’internaute que son témoignage est une histoire rocambolesque digne d’un fruit de la passion.

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Une histoire rocambolesque digne d’un monde tombé sur la tête

Je reste sur ma soif et ouvre une troisième vidéo. Une internaute (toujours elles !) appelle et expose son problème. En plein ébat sexuel un jour avec un copain, qui n’est autre qu’un chef d’Etat africain, la première dame les rejoint au lit et ils font l’amour à trois. Grâce à sa maîtrise du kamasoutra, le Président et sa femme tombent amoureux d’elle et la veulent pour eux. Mais elle n’aime pas s’attacher. La coach déclare que Le récit la fascine, prend une voix excitée et juge que c’est une histoire rocambolesque digne d’un film présidentiel.

Après une heure à naviguer désespérément sur la page de la grande coach pour rencontrer au moins une vidéo, un texte, une image, la trace de n’importe quel conseil pouvant valoir 50 000 CFA, j’ai compris, trop tard, que je me suis fait prendre dans une histoire rocambolesque digne d’un monde tombé sur la tête.

Des caviars très bon marché

J’ai appris que la grande coach surnomme ses fans « les caviars ». Une référence à cet aliment gastronomique de luxe dont certaines variétés coûtent autour de 30 000 euros le kilogramme.

Je ne sais pas trop à combien notre coach pourrait acheter ses fans, ses caviars togolais qui ont payé 50 000 CFA pour sa conférence. Mais une chose est sûre : ces fans ne doivent pas coûter très chers. Des caviars très bon marché.

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Je boucle cette affaire avec une très morose nouvelle pour tous ceux qui voudraient, à l’instar de la grande coach, avoir du caviar. « On n’a pas toujours du caviar ». C’est le titre d’un roman à succès du romancier et journaliste autrichien Johannes Mario Simmel. Paru en 1967, le livre raconte les aventures de Thomas Lieven. En 1939, ce jeune banquier de Londres se fait arrêter par la Gestapo, à Cologne, pour des malversations frauduleuses… Ce qui l’entraînera dans une histoire rocambolesque digne d’un film de l’époque des officiers nazis.

On n’a pas toujours du caviar

On n’a pas toujours du caviar est un excellent roman d’espionnage. Son héros Thomas Lieven, est un allemand de trente ans. Signe particulier : avoir eu entre 1939 et 1957, 16 passeports de 9 pays différents !

Clone de James Bond et d’Arsène Lupin, il est un peu cambrioleur, un peu menteur, toujours tombeur, goujat quand il n’a pas le choix, mais gentleman le plus souvent.

Il aime les femmes, qui l’aiment aussi, car, bien sûr, c’est un amant prestigieux.
Avec un rebondissement à chaque page, On n’a pas toujours du caviar est un remarquable divertissement qui n’a pas pris une ride.

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