La vie des Togolais : ce si long fleuve jamais tranquille

La vie des Togolais : ce si long fleuve jamais tranquille

1 novembre 2021 Non Par David Kpelly
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La vie des Togolais, sous le régime des Gnassingbé & Fils n’a jamais été un fleuve tranquille. Notre chroniqueur David Kpelly en fait l’illustration ce matin avec l’histoire d’un « maire » qui n’est pas disposé à recevoir des leçons d’un « député » dont il n’ignore rien de l’« élection ».

Je me suis longuement demandé, depuis deux ou trois jours, sur quoi pourrait porter ma chronique de cette semaine. La vie sociopolitique togolaise ressemble, très souvent, à un immense marché d’où provient une multitude de bruits, les uns plus dissonants que les autres, et qu’il est impossible de disséquer.

Mais l’observateur avisé qui tend l’oreille arrive, de temps à autre, à saisir les gémissements d’un gamin piétiné par quelque négociant pressé, ou le cri de détresse d’un badaud sur la tête duquel une commerçante, mécontente d’une mauvaise traite, a écrasé un violent poing.

Depuis une dizaine de jours, nous parviennent les cris des habitants d’une commune de Lomé dont le maire, un des plus puissants pontes du régime togolais, a décidé de mettre fin au pénible gagne-pain en démolissant leurs baraques, échoppes et boutiques de fortune aux abords des routes.

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Ce maire, qui n’est pas à sa première épreuve de force sur les habitants de sa zone, explique son geste par les recommandations de la banque mondiale qui exigerait des dirigeants togolais d’assainir leurs villes en y rasant les déchets pour planter des arbres.

« La vérité est que ces gens-là font preuve d’une violence verbale inouïe même entre eux»

Dans la cacophonie, un « député » (ayons toujours la décence de mettre ce mot entre guillemets chaque fois que nous évoquons ceux qui siègent actuellement à l’Assemblée nationale togolaise), le « parlementaire », connu sur les réseaux sociaux par sa promptitude à s’immiscer dans tout et n’importe quel ragot, a publié un brûlot dans lequel il tance le maire en question avec des mots d’une désinvolture sans nom.

Le maire incriminé, qui visiblement n’est disposé à recevoir des leçons de personne, surtout d’un « député » dont il n’ignore rien de l’ « élection », a riposté d’une manière très violente en demandant au « faiseur de loi » de se concentrer sur ses oignons à l’hémicycle au lieu de jouer au perroquet populiste sur les réseaux sociaux.

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La vérité est que ces gens-là, lorsqu’ils décident de s’attaquer entre eux, font preuve d’une violence verbale inouïe. Parce que chacun d’eux sait l’autre suffisamment impropre, suffisamment responsable du malheur des Togolais, qu’il n’est pas prêt à se faire sermonner par plus impropre que soi. C’est un peu l’adage du singe qui accepte de se faire railler sur la puanteur de ses aisselles par tout le monde sauf la musaraigne, roi de la puanteur.

« Nous riions sous cape, cherchant à protéger nos squelettes fragiles d’un coup perdu des belligérants. »

Et qu’est-ce que nous autres, petites gens, faisions durant cette sanglante bataille entre éléphants de la Grande Maison ? Nous riions sous cape, cherchant à protéger nos squelettes fragiles d’un coup perdu des belligérants. Feu notre timonier national ne nous avertissait-il pas que lorsque les éléphants se battent ce sont les petits gibiers qui en paient les frais ?

J’ai bouclé ma semaine avec une très belle nouvelle. Heureusement qu’il y a la littérature pour me sauver de ces gens! Le Guinéen Alioum Fantouré, l’un des doyens des lettres noires, auteur d’un des classiques les plus célèbres de la littérature africaine, « Le Cercle des Tropiques », revient bientôt, après des décennies de silence, sur la scène littéraire avec un roman au si beau titre : « Un si beau fleuve tranquille. »

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Une chose est sûre : notre vie de Togolais, sous ce régime qui nous régente depuis plus d’un demi-siècle, n’en a jamais été un. Hélas.

Comment survivre lorsque l’univers serein de l’enfance est assailli par les maux du continent?

La vie des Togolais-Un si beau fleuve tranquille

Hospitalisé en Europe, Mori Kounda trouve refuge dans les tendres souvenirs de sa jeunesse en Afrique. Il ferme les yeux et se remémore le petit Mori explorant le fleuve malgré les préventions affectueuses de sa grand-mère. Animé par un amour profond pour son pays natal, l’adulte malade cultive inlassablement les images et les sons d’autrefois. Mais comment survivre lorsque l’univers serein de l’enfance est assailli par les maux du continent ?

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