Les leçons de Laurent Gbagbo aux politiques africains

Les leçons de Laurent Gbagbo aux politiques africains

12 novembre 2021 Non Par Guillaume Guianissio
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Les premiers chefs d’Etats africains paraissaient plus volontaires et plus combatifs face à l’impérialisme. La répression sauvage qu’ils ont subie semble avoir découragé leurs successeurs. Le rapport de force en faveur des impérialistes est soigneusement préservé. C’est à partir d’un parcours initiatique que certains chefs d’Etat peuvent mesurer la portée du panafricanisme. Laurent Koudou Gbagbo semble nous montrer la route.

On peut aujourd’hui dire que son périple politique faite de hauts et de bas a hissé Laurent Koudou Gbagbo au rang de grand homme africain. L’ancien président est sorti de la prison de la Haye avec une aura de panafricaniste. Ceux qui le croyaient définitivement enterré en ont eu pour leur grade ! Personne ne peut l’empêcher de continuer la politique. Il l’a réaffirmé lors de la mise en place officielle du Parti des Peuples Africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI). Jusqu’à son dernier soupir, il fera la politique !

Au cours d’une interview sur France 24, le 20 octobre 2021, il a sorti une phrase en apparence bizarre qui m’a beaucoup marquée. J’en ai tiré une leçon de lutte contre l’hydre françafricain.

Permettez-moi, avant de revenir sur cette fameuse phrase, de remonter un peu plus loin dans le passé. Nous sommes le 11 avril 2011. Ce jour représente pour moi le « Halte ! Qui vive là ? » de la françafrique. Après un bombardement d’une dizaine de jours, le Président Laurent Gbagbo est extirpé de sa résidence comme un vulgaire malfrat. Il est fait prisonnier à Khorogo au nord du pays puis transféré à la Haye.

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Une plaisanterie qui lui a coûté 10 ans de vie

Au regard de son parcours, Gbagbo apparaît comme une espèce rare de « Veni, vidi, vici » -je suis venu, j’ai vu, et j’ai vaincu » – déclamé par Jules César (47 av. J-C). Non pas ici pour la rapidité de l’exploit mais pour le prestige de la prouesse. C’est à la dimension de Nelson Mandela, l’ex-prisonnier de l’apartheid qui finit par devenir le premier Président noir de l’Afrique du Sud.

Après un long et historique procès, la Cour Pénale Internationale a fini par prononcer son acquittement définitif. Pour les panafricanistes de tous bords, ce fut une grande victoire. Mais apparemment pour l’infatigable combattant politique Gbagbo, ce n’est qu’une justice faite, pas la justice faite. Il se savait innocent et savait que ce dont on l’accusait n’était que farce.

Une « plaisanterie » selon ses propres termes, qui lui ôta 10 ans illégalement et injustement… Désormais symbole de la résistance africaine contre la françafrique, sa libération, il la dédie essentiellement à ses soutiens essaimés à travers le monde. Mais pour lui, la lutte n’est pas fini. Il réaffute ses armes pour la suite, l’assaut final avec un parti panafricain.

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A mon humble avis, en dépit de son sens d’ouverture à l’Afrique et aux Africains de Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo apparaît avant tout plus nationaliste que panafricaniste. Certainement que de sa geôle, il a finalement compris ce qui échappe à beaucoup de dirigeants africains : il n’y a pas d’avenir pour les micros états dans ce monde de brutes !

Que vient faire la France dans une contestation électorale en Côte d’Ivoire ?

Et c’est la leçon que j’ai tiré de sa phrase à l’apparence banale le 2 octobre dernier sur France 24. « Que vient faire la France dans une affaire de contestation en Côte d’Ivoire ? »

Et, cette phrase me résonne ostensiblement dans les oreilles. Oui, que vient faire la France dans chacune de nos Républiques ? Dans chacune de nos élections, de nos rencontres ? Dans chacune de nos institutions, de nos armées ?

Que faire ? Que pouvons-nous faire face aux éliminations physiques, aux coups d’états téléguidés ? Qe faire face aux guerres civiles par manipulations de toute sorte, la corruption des élites et celle des organisations de la société civile ?

Le panafricanisme ou la mort

Laurent Gbagbo, en vieux routier, semble nous indiquer la seule issue du salut : le panafricanisme. Le panafricanisme ou la mort ! Un panafricaniste non seulement des théories, mais intégré dans la course au pouvoir en vue d’espérer se traduire en fait, en actions concrètes. Déjà face à la françafrique nos micros-états pataugent, qu’en serait-il face à la Chine, face aux Etats-Unis, face à la Russie?

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Déjà, les accords coloniaux tant décriés qui nous affectent encore en bloc n’ont pas changé d’un iota. Et quand un Etat trouve bénéfice de sa serviabilité, de sa traîtrise, un moindre traitement de faveur, une maigre pitance éphémère, il se voit le supérieur, l’émergent… Et puis, patatras ! Il redescend de son piédestal très vite, jetant comme Judas les piécettes de sa traitrise au pied de l’impitoyable impérialisme.

Portail du panafricaniste, soutenant toutes les initiatives panafricaines, remercie l’ancien Chef d’Etat Ivoirien pour sa leçon aux politiques. Que viennent faire les occidentaux dans nos affaires, sur notre continent ?

Voilà pourquoi, tout décryptage savant de leur tartuferie appelée « aides publiques au développement », leur hypocrisie d’humanistes, leurs stratégies mensongères de la lutte contre la pauvreté, lutte contre les maladies et maintenant lutte contre le terrorisme, sera une dynamique pour l’Afrique.

L’Afrique entière tend un regard attentif vers le PPA-CI de Laurent K. Gbagbo. En effet, il faut traverser la tempête pour apprécier le soleil.

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