Représentation de soi et orientation : une incroyable anomalie

Représentation de soi et orientation : une incroyable anomalie

18 novembre 2021 Non Par Dr Toï Banla
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En 2010, seulement 4,50% des filles inscrites à l’Université de Lomé étaient en parcours Physiques. La même proportion (4,49%) en parcours Maths et 1,81% en écoles d’ingénieurs. Pour notre chroniqueur, Dr Banla Toï, il faut certainement y voir l’influence de l’opinion qu’elles ont d’elle-même sur leurs compétences.

Représentation de soi et sentiment d’auto efficacité dans l’orientation scolaire et professionnelle ! Le choix de filière d’étude des filles est en général orienté vers les séries littéraires. Elles évitent dans leur majorité les filières où les matières scientifiques (Maths, Physiques) sont dominantes.

Autrement dit, elles éprouvent une désaffection pour les séries scientifiques. Pourtant notre civilisation devient de plus en plus scientifique. Dans ce contexte, les femmes devraient être assez représentatives dans le domaine scientifique et éviter d’être des utilisatrices passives des nouvelles inventions et découvertes sans avoir leurs mots à dire.

Mais tel ne s’emble pas être le cas. C’est même un phénomène qui n’est pas observé qu’au Togo. En France par exemple, on retrouve 78 % des filles dans les séries littéraires. Cela donne à croire qu’elles préfèrent la littérature. On peut penser qu’elles se dirigent proportionnellement en plus grand nombre vers cette filière, pour cette raison (B. Stevanovic, 2012).

La faible représentativité des filles dans les parcours scientifiques est aussi observable à l’université de Lomé au Togo. En se référant aux données de la Direction des Affaires Académique et de la Scolarité (DAAS) de ladite université, en 2009, il y avait respectivement 3,12% de filles en  sciences physiques, 4,17% en Mathématiques et 5,79% en écoles d’ingénieurs. Les données de 2010 sont de 4,50% en  sciences physiques, 4,49% en Mathématiques et 1,81% en écoles d’ingénieurs.

La représentation de soi, kesako ?

Cette situation n’est pas sans causes. Elle pourrait être due au manque d’informations ou mauvaises informations sur les nouvelles possibilités d’insertion professionnelle.

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On pourrait aussi évoquer le manque de modèle pour inspirer les jeunes qui en ont besoin pour s’identifier. Mais bien évidemment, ces femmes scientifiques ou ingénieures sont très peu représentatives, et les rencontrer n’est pas évident.

Malgré ces données sur la situation de la jeune dans les parcours scientifiques, il n’y a pas un service pour développer des actions en vue de réduire le phénomène.

In fine, l’on aboutit à la situation où très peu de femmes sont dans les métiers ou professions à caractères scientifiques.

Dans un tel environnement, la représentation de la jeune fille et son sentiment d’efficacité personnelle pourraient être influencés.

La représentation de soi, est l’information dont l’individu dispose en mémoire sur lui-même, stockée sous forme de différents schémas de soi qui le positionne sur quelques traits. (M. Huteau, 1982).

La représentation de soi peut être considérée comme la description des caractéristiques  qu’un sujet se fait de lui-même dans une situation donnée. Il faut aussi noter qu’elle varie en fonction des domaines. Ainsi la représentation qu’un sujet a de lui-même dans le domaine littéraire n’est pas automatiquement la même dans le domaine des sciences telles que les mathématiques et les physiques.

Le sentiment d’auto efficacité considéré par M. Bandura (1980) notamment les sentiments d’efficacité personnelle, concerne la croyance en ses capacités personnelles, subjectivement perçues, qu’on pense pouvoir mobiliser pour programmer et réaliser les actions spécifiques en vue d’atteindre un certain résultat.

Mais les sentiments d’efficacité personnelle se construisent dans les domaines spécifiques, à partir de trois sources d’information stimulantes : les réalisations de tâches, les expériences réalisées par d’autres personnes, et la persuasion  verbale.

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Représentation de soi: une image mentale concrète de soi

A partir de la compréhension de ces deux concepts, il apparait une convergence de leurs effets et qui va déterminer les choix d’orientation des sujets.

Vu que la représentation de soi est une construction qui se fait sous l’effet de l’éducation de base qui est généralement sexuée et des expériences personnelles, ce choix subi également l’influence du sexe.

B. Stevanovic (2012), après avoir montré que les filles réussissaient mieux déclare que la meilleure réussite des filles devrait les conduire à intégrer beaucoup plus souvent la première scientifique. Au contraire, une partie importante des filles se dirigent vers des filières littéraires et tertiaires.

Cela pourrait être dû à la croyance en leur capacité de réussite, les influençant ainsi dans leur engagement et leurs performances, autrement dit dans leurs orientations de formation.

Les auteurs B. Galand & M. Vanlede (2004), estiment que l’idée centrale commune à ces notions est la confiance qu’un individu a en sa capacité dans une tâche donnée détermine en partie la façon dont il va faire face à cette tâche et le niveau de performance qu’il va effectivement atteindre, pour peu que celle-ci dépende au moins en partie des actions de l’individu.

En ce qui concerne la représentation de soi, P.-H. Ruel (1987), pense que  la représentation de soi est une image mentale concrète que l’on a de soi, et qui qualifie l’estime envers soi.

C’est aussi décider d’identifier son besoin à un objet-but (plan d’action) et avant de s’engager effectivement dans un comportement manifeste commandé par un but à atteindre (projet d’action), l’individu s’interrogera sur lui-même, il se confrontera aux exigences opérationnelles de ce but, aux exigences des tâches sous-jacentes à l’atteinte de ce but.

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Mettre en place des services d’orientation

Il se mesurera plus ou moins consciemment à ce but. Il considérera ses capacités fonctionnelles et évaluera ses possibilités ou proba­bilités d’atteindre ce but. En d’autres termes, il confrontera ce qu’il pense être aux dimensions et exigences du but à atteindre.

Cette procédure est indispensable dans le choix d’une série. C’est ce qui conduirait certains vers les séries littéraires et d’autres vers les filières scientifiques.

Dans cette perspective, la conjugaison des effets du sentiment d’efficacité personnelle et la représentation de soi cumulés aux influences du sexe renfonceraient l’engagement des élèves vers des parcours (littéraire ou scientifique) où ils pensent s’adapter le mieux.

Il devient urgent au Togo, d’envisager la mise en place des services d’orientation qui viendraient en aide à ces milliers de jeunes qui sont en manque de repères dans leurs études.

L’on peut retenir que l’orientation scolaire et professionnelle est un sujet qui devrait être au centre de toutes les préoccupations du système éducatif togolais dans la perspective d’aider les élèves à parvenir au choix de leur formation et de leur insertion socioprofessionnelle ultérieure.

Ce qui ne semble pas encore être encore le cas, car les élèves sont presque laissés à eux-mêmes et ne savent pas comment accéder aux services de l’orientation scolaire et professionnelle.

Il serait donc pertinent de mettre en place un mécanisme pouvant permettre aux élèves de bénéficier de cette aide dans le processus de leur orientation avec des spécialistes de ce domaine de compétences qui procéderaient par l’éducation et le conseil d’aide à l’orientation

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