Le disciple de Balandier, les enfants de Nkrumah, et le rire de Gauz

Le disciple de Balandier, les enfants de Nkrumah, et le rire de Gauz

29 novembre 2021 Non Par David Kpelly
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Le Continent du Tout et du Presque Rien, le dernier roman de Sami Tchak est un hymne à la connaissance. La connaissance de soi, la connaissance de l’autre. L’autre qui, en réalité, n’est que ce soi qu’on n’a pas toujours la force d’interroger, mais qui reste le meilleur miroir dans lequel l’on puisse se voir et se connaître.

Depuis son premier roman « Femme infidèle », publié en 1988, l’écrivain franco-togolais Sami Tchak a, en trois décennies, construit une œuvre riche et exigeante composée d’une vingtaine de romans et d’essais qui font voyager le lecteur entre le Togo, l’Afrique, la France, et l’Amérique latine. Une œuvre dont les thèmes les plus récurrents sont : l’immigration, la sexualité, la violence, le racisme, le pouvoir, la vieillesse…

Le Continent du Tout et du Presque Rien, son dernier roman, revient sur ces thèmes dont se sert l’auteur de Place des Fêtes  (Gallimard, 2001) pour dire la complexité des rapports de l’être humain avec soi et avec les autres.

Roman de Sami Tchak

Assis dans une luxueuse villa à Bamako, face au fleuve Niger, Maurice Boyer, Français, septuagénaire, veuf, professeur d’ethnologie à la retraite, disciple de Gorges Balandier, se remémore sa vie. Parti à Tèdi, un petit village de la région centrale du Togo, pour ses recherches doctorales, le jeune étudiant français se retrouve face à une société dont la profonde complexité semble tourner autour de trois personnages.

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Quand une formalité académique se métamorphose en parcours initiatique

Le chef du village, Wouro-Tou (Chef Éléphant), représentant de l’autorité administrative et politique, un homme d’âge mûr, polygame ayant épousé toutes ses femmes par le rapt, qui peut se montrer aussi cruel que rusé. L’imam, un érudit local, nanti d’une licence en philosophie obtenue à Paris, qui observe le jeune chercheur avec méfiance. Amamatou, l’épouse préférée du chef, qui exprime sa révolte contre son mariage forcé à travers l’adultère.

Ce qui, à la base, représentait pour le jeune Français une formalité académique, devint pour lui une expérience humaine marquante, une sorte de case initiatique d’où il sortira vidé d’une grande partie de ses préjugés et prétentions, mais enrichi d’un capital élevé d’expériences qui le suivront durant toute sa carrière universitaire et sa vie. Tèdi deviendra ainsi la lucarne par laquelle Maurice Boyer observera l’Afrique. Car de l’Afrique, l’ethnologue ne se détachera plus.

La meilleure formule pour dire l’Afrique

Durant toute sa carrière, il ne sera question que du continent noir, et de son histoire, sa sociologie, sa géographie, sa géopolitique complexes. Nous croisons, au fil des pages, des personnages hétéroclites quant à leurs profils socioprofessionnels, leurs origines, leur âge et la couleur de leur peau, mais qui, à la fin, ne font qu’un dans leurs limites à aller au bout de leurs prétentions à nommer le continent noir.

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Que ce soit la brillante universitaire Aurélie la Châtaigne, épouse de Maurice Boyer, qui voit la fin du salut de l’Afrique dans la mort de feu son amant sénégalais Babacar Ndiaye, ou Safiatou Kouyaté, la sensuelle maîtresse et ex étudiante du narrateur, portée par la fougue de la jeunesse et grisée par le succès de sa carrière d’auteure, que ce soit le professeur retraité ivoirien Zakari Tchagbalé meurtri par la dictature dans son pays d’origine le Togo, ou Bernard Faucon-Larron, ex-collaborateur de Jacques Foccart convaincu que l’Afrique n’est qu’une invention de l’Europe, chacun croit fermement avoir la meilleure formule pour dire l’Afrique.

Hymne à la connaissance

Et, au milieu de cette chorale de sentences qui s’affrontent, il y a le grand rire de l’écrivain franco-ivoirien Gauz qui se moque d’une certaine conception du panafricanisme, « une idéologie qui n’a que des ‘‘pères fondateurs’’ et pas une seule mère cachée dans un couloir de l’Histoire », et les injonctions presque paternalistes du Haïtien Jacques Birette qui juge que les Africains manquent de fierté et doivent prendre exemple sur Haïti qu’il considère comme l’une des plus grandes nations au monde.

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Sami Tchak,  Le Continent du Tout et du Presque Rien , Paris, Jean-Claude Lattès, 2021, 320 pages.

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