Psychologie de l’enfant : 3 étapes cruciales à prendre en compte

Psychologie de l’enfant : 3 étapes cruciales à prendre en compte

9 décembre 2021 Non Par Dr Toï Banla

Grâce à la psychologie de l’enfant, nous savons désormais que pour être efficace en matière d’éducation, il faut tenir compte du niveau de développement de ce dernier.

La psychologie de l’enfant : kesako ? Selon Piaget Jean et Inhelder Barbe, « La psychologie de l’Enfant étudie la croissance mentale ou ce qui revient au même, le développement des conduites, c’est-à-dire, des comportements y compris la conscience jusqu’à cette phase de transition constituée par l’adolescence qui marque l’insertion de l’individu dans la société adulte »

Les stades de développement de l’enfant

Selon Wallon, les stades sont « des ensembles qui ont chacun sa marque, son orientation spécifique et qui sont une étape originale dans le développement de l’enfant ». Cependant, le développement de l’individu doit être conçu comme rigoureusement continu. D’un stade à l’autre peuvent se produire toutes sortes d’enchevêtrements. En effet si on en croit Piaget, les enfants peuvent être différents selon les milieux. Cela ne les empêche pas toutefois de présenter des traits communs au niveau de leur « activité potentielle ».

En terme simple, même si chaque enfant a ses particularités propres, il reste possible de tracer une courbe générale du développement d’un enfant « normal ». Cette courbe comporte des phases de croissance, d’arrêts, de périodes d’acquisitions mentales et de crises apparaissant à peu près aux mêmes périodes.  

L’âge bébé (0 -1 an)

A la naissance, l’enfant dispose de mouvements spasmodiques et incoordonnés. Ces mouvements peuvent être activés ou inhibés par des stimulations externes.

Vers 2 mois, il commence à « vocaliser » des sons différents des cris et vagissements qu’il émettait à la naissance.

Vers 9 mois commence pour lui le stade linguistique. Il est important de  souligner que l’élément fondamental de l’acquisition du langage est affectif : c’est en jouant avec lui, en s’occupant de lui, en lui parlant, que la mère enseigne à l’enfant sa langue.

Sur le plan affectif, le bébé a des réactions émotives. Celles-ci n’ont pas toujours de causes nettement décelables. Souvent, elles débordent la situation à laquelle elles se rapportent. Ces réactions seront intellectualisées plus tard en fonction de l’accueil que la mère et la famille réserve à l’enfant : sourire, imitation, etc.

Dans les premières semaines de la vie le bébé ne fait pas de différenciation entre les personnes ni entre lui et autrui. Surtout avec la mère, on parle d’une relation symbiotique.

Pendant tout ce stade, les contacts sociaux avec les pairs sont négatifs. L’enfant traite ses semblables comme des objets. Il les bouscule, les manipule, les griffe… L’enfant de cet âge ne sait pas encore jouer en groupe. C’est l’appropriation des objets qui prédomine. 

L’apparition de l’intelligence est mise en évidence par Piaget dans les activités motrices de l’enfant. À la naissance le bébé ne dispose que de réflexes innés qui sont des mouvements involontaires et incoordonnés. Mais avec le temps, ces réflexes vont se doubler d’adaptation acquise.

La première enfance (1 à 3 ans)

C’est la période où l’enfant apprend à marcher. Au début, l’équilibre est imparfait. Mais progressivement la maîtrise s’installe. L’enfant peut s’allonger ou entamer une course. Vers 3 ans l’enfant peut manger seul et proprement. Il peut lancer une balle ou suivre au crayon un tracé. L’activité motrice de l’enfant à cet âge est très intense. Cela lui permet d’explorer son monde. Il acquiert la propreté nocturne vers 2 ans et demi puis le contrôle de la miction (urine) à partir de 3 ans.

Au niveau intellectuel, l’adaptation de l’enfant se fait par tâtonnements, par combinaison de mouvements effectués, entraînant la découverte de conduites nouvelles.

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Au niveau du langage, au mot phrase, succède la pré-phrase à partir du milieu de la deuxième année. L’enfant associe 2 à 3 mots. Il entre au même moment dans le premier âge questionneur où il s’informe du nom de toute chose. A cet âge, l’enfant forge des mots pour désigner les objets par référence à l’action dans laquelle l’objet intervient ou au bruit  ou  au  son produit. Ainsi le bœuf est désigné par « mouou », le mouton est appelé « bêêê »  et le couteau ou la hache devient « coupe ».

Au niveau affectif, les réactions émotionnelles de l’enfant se précisent. De plus, l’enfant en possession du langage peut exprimer ses états affectifs. Selon Freud, le contrôle et la maîtrise sphinctériens peuvent avoir des retentissements affectifs. Les sentiments commencent par s’apprendre au cours des rapports interpersonnels. Mais la sympathie est encore égocentrique.

L’enfant de cet âge est jaloux de ses jouets, de ses œuvres et de la tendresse de sa mère. Il prend de plus en plus conscience de lui-même. Mieux, il a tendance à s’affirmer. C’est ce qui explique son obstination à cet âge à s’opposer aux parents. Pourtant, dans ses activités techniques, sociales et linguistiques, il traite l’adulte ou l’aîné en modèles. Il trouve en eux un appui pour dépasser les activités routinières. Il les admire et s’attache à eux.

La deuxième enfance (3 à 6 ans)

La motilité et la préhension deviennent harmonieuses. L’enfant de cet âge bouge beaucoup. Il est infatigable.  Il peut monter aux arbres, aller à bicyclette.

A 6 ans, il peut physiquement faire à peu près tout ce qu’il veut.

Avec l’acquisition du langage, l’enfant peut se remémorer les situations et les raconter. Sa vision du monde et sa pensée restent encore égocentriques. Il rapporte tout à lui et prête aux choses ses propres sentiments, émotions et désirs. C’est aussi le stade de l’artificialisme et de l’animisme. En effet, l’enfant à ce stade de son développement pense que tout est fabriqué (bébé, fleuve), tout est animé et vivant (les nuages bougent parce qu’ils ont froid). C’est le moment aussi des fabulations. L’enfant raconte des histoires imaginaires.  

Le langage de l’enfant grâce à son entourage gagne en cohérence et en clarté. Mais il a souvent recours à des locutions et des tournures dont le sens lui échappe (imitation des adultes). D’ailleurs à ce stade, l’enfant ne se préoccupe guère de savoir si on l’écoute ou pas. On remarque en effet des monologues en groupe. Il aime aussi chanter à cette période.

L’égocentrisme intellectuel de l’enfant se traduit sur le plan de son comportement social par le réalisme moral. Le réalisme moral est la tendance de l’enfant à considérer les devoirs et les valeurs qui s’y rapportent comme s’imposant obligatoirement quelles que soient les circonstances : les règles subsistent en soi et il faut obligatoirement les respecter.

Deux problèmes affectifs importants caractérisent cette période : le complexe d’Œdipe et le complexe de Caïn.

Le complexe d’œdipe à partir de 3-4 ans

Il se résume par le problème d’attirance sexuelle de l’enfant pour le parent du sexe opposé et l’identification au parent de même sexe. Le garçon éprouve une attirance pour sa mère et la fille pour son père. Pour le garçon, le père rival et gêneur, va être en même temps un objet d’identification. La fille de son côté a besoin de s’identifier à la mère pour mieux façonner son image féminine. Cette période semble être caractérisée par un comportement ambivalent chez l’enfant. Comportement fait de l’alternance d’amour et de la haine.

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Les réactions des parents sont déterminantes dans la solution de ce problème œdipien. A ce moment il importe d’avoir un père vraiment «viril » et une mère vraiment féminine. En somme, des parents assez sûrs d’eux-mêmes pour faciliter la résolution du complexe d’œdipe.

Le complexe de Caïn

Il s’agit de la jalousie entre frère et sœur. Cette jalousie porte sur l’affection parentale. Les parents doivent pouvoir être justes en traitant les enfants de manière égale ; sinon la jalousie fraternelle peut se transformer en une haine chronique (surtout en cas de polygamie). Le complexe de Caïen ou jalousie de l’aînée intervient au cas où l’aîné, après la naissance du cadet se voit frustré d’une sollicitude maternelle et paternelle. Cette situation peut entraîner des troubles de développement psychologique (régression chez l’enfant).

La troisième enfance (6 – 12 ans)

Au niveau moteur, l’enfant gagne en force. Il cherche à se battre, à soulever de lourdes charges, à briller par ses performances physiques. Il aime les jeux d’équipe et de compétition. C’est aussi le moment où l’écriture se régularise.

Vers sept ans on signale un progrès dans l’objectivité. La pensée de l’enfant devient opératoire. Mais les opérations dont il est capable doivent être concrètes (présence matérielle des choses.). Vers la fin de ce stade apparaît la pensée formelle ou la pensée hypothético-déductive.

Au niveau du langage, la structure syntaxique connaît de réels progrès. Le langage de l’enfant, grâce à l’école, va gagner en cohérence et en clarté. La richesse en vocabulaire va s’accroître.

Sur le plan affectif, les spécialistes de la psychologie de l’enfant parlent d’un début de la stabilité émotionnelle. Cela veut dire qu’il peut contrôler et maîtriser ses émotions. Le sentiment de honte marque cette période.

Les intérêts de l’enfant semblent se déplacer des conflits de personnalités et des problèmes sexuels vers le savoir, les réalisations techniques et la valorisation sociale. D’où le nom de période de latence chez Freud.  

Le désir de valorisation sociale et d’affirmation de soi entraînent des difficultés dans les groupes d’appartenances (viol des règles). Le sens moral et le respect strict des règles commencent vers 9 ans. L’égocentrisme enfantin régresse considérablement.

Psychologie de l’enfant et disparités de développement

Des études interculturelles montrent que les stades se déroulent de la même manière chez la plupart des enfants normaux avec des retards et des avances selon les milieux.

Ainsi, entre 0 et 1 an, l’enfant africain a une avance de 2 à 3 mois sur l’enfant européen.

Mais ce dernier va connaître une avance considérable sur l’enfant africain après le sevrage.

La malnutrition et les maladies expliquent les retards sur le plan intellectuel et physique chez l’enfant africain après le sevrage.

Enfin, la psychologie de l’enfant nous enseigne que toute nourriture intellectuelle, toute méthode, toute activité physique n’est pas adapté à tout âge. Il faut tenir compte des caractéristiques psychologiques de chaque âge pour un enseignement efficace.

Toutes les disciplines concourent au développement de l’enfant dans ces quatre domaines. Il ne faut en négliger aucune.

Les parents doivent adapter leur éducation au niveau de développement intellectuel et physique de l’enfant. Ils doivent surtout faire preuve d’une disponibilité affective en évitant les punitions et châtiments divers.

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