Triste Togo : ce long cauchemar prendra fin un jour ?

Triste Togo : ce long cauchemar prendra fin un jour ?

20 décembre 2021 Non Par David Kpelly
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Le Togo est un pays triste où le rêve des uns semble être brimer et humilier les autres. Être Togolais en devient trop lourd à porter.

Triste Togo! Il arrive des étapes dans la tumultueuse marche sociopolitique du Togo où tout Togolais conscient se pose des questions. Sur sa propre vie, son présent, son futur, et s’interroge sur son rapport à son pays.

Il se demande, en regardant autour de lui, s’il lui est encore possible de vivre au Togo. S’il y vit. Ou si un jour il lui passerait encore par l’esprit d’y revenir (s’il a déjà quitté le Togo). Il jauge tout ce que ce pays lui a donné. Ce qu’il est prêt à lui offrir. Et ce qu’il est tenu de lui sacrifier.

Souvent, quand il fait le compte, il se mord les doigts de remords. Des remords de ne pas avoir saisi quelque opportunité pour tourner le dos à la terre de ses aïeux. Ou il jubile d’avoir pris la meilleure décision de sa vie en décidant d’émigrer.

Trop lourd d’être Togolais

Parce que dans certaines situations, il devient simplement très lourd, trop lourd, émotionnellement, financièrement, psychologiquement d’être togolais. Il devient trop triste, trop contraignant d’avoir son destin lié au Togo.

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A l’arrestation, il y a six semaines, de l’activiste Jean-Paul Oumolou, Togolais résidant en Suisse en vacances à Lomé, nous avons commencé à retenir notre souffle. Que nous arrive-t-il encore ? En est-on toujours à ce niveau où penser et émettre son opinion dans notre pays est considéré comme un crime ? Avons-nous commis une erreur d’appréciation en osant penser que notre pays a fait quelques progrès, minimes soient-ils, dans le respect de la liberté d’expression ?

A peine étions-nous sortis de notre ébahissement que nous apprîmes que celui qui est aujourd’hui considéré comme le plus grand journaliste d’investigation du Togo, Ferdinand Ayité, a été convoqué à la police. Directeur de publication du journal l’Alternative, il était en compagnie de deux de ses collègues journalistes. Suite à une journée entière d’interrogatoire, il est décidé qu’on les garde à vue.

Il leur est reproché d’avoir injurié deux ministres du gouvernement togolais durant une émission sur Youtube. Pasteurs à leurs heures perdues. Ou l’inverse. Les chefs d’accusation, comme un lapin du chapeau d’un magicien, sont rapidement sortis de nulle part. « Diffamation, outrage aux autorités, publication de fausses nouvelles susceptibles de troubler l’ordre public. »

Le lendemain, alors que nous ne nous étions même pas remis de notre stupéfaction, nous apprenons l’arrestation de l’activiste le plus hardi et le plus courageux du pays. Fovi Katakou, un handicapé moteur sévère, accusé d’avoir fait une publication sur Facebook incitant à la révolte contre l’autorité. Tout comme pour les premiers, les chefs d’accusation retenus contre lui sont tombés en un clignement d’yeux. Incitation à la révolte, apologie du crime.

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Le triste projet de brimer et d’humilier les autres

Que se passe-t-il au juste ? Se demande-t-on donc, confondus. Quel est donc ce destin que le nôtre, qui ne nous laisse aucun repos ? Pourquoi en ces sombres temps de la pandémie à la Covid 19, où toutes les activités économiques ont régressé, exposant les uns et les autres à l’angoisse et au dénuement, devons-nous, Togolais, être contraints de brûler nos énergies dans des combats pour la libération de gens ayant juste émis des opinions ?

Quelles menaces représentent pour un Etat aussi placé sous surveillance que le Togo des journalistes, activistes et défenseurs des droits humains dont les libertés ont été déjà assez réduites et qui se retranchent sur les réseaux sociaux pour exprimer leur droit le plus inaliénable : penser ?

Tout se passe dans notre pays comme si quelque dieu malfaisant nous avait jeté un sort, et qu’à chaque fois qu’une sorte d’accalmie s’étend sur nous, il faut impérativement que quelques-uns des nôtres, contre qui nous n’avons pourtant commis la moindre offense, nous flagellent et se réjouissent de nos lamentations.

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Quel est donc à la fin le projet commun qui nous lie dans ce pays où le plus grand rêve des uns semble ne tourner qu’autour d’un serment : brimer et humilier les autres ? Quand réussirons-nous, enfin, à nous asseoir, entre frères et sœurs, pour décider de l’avenir de ce pays que nous avons l’obligation de léguer à nos enfants dans un état plus enviable que celui dans lequel nous l’avons trouvé ?

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