Gouvernance au Togo : les raisins de la peur

Gouvernance au Togo : les raisins de la peur

24 janvier 2022 Non Par David Kpelly

Ce lundi, la plume de David Kpelly a vu le déclin de la gouvernance togolaise. Cette dernière piétine le vignoble où sont gardés les raisins de la peur.

Il arrive des fois, comme ces jours-ci, où tout semble si calme au Togo. Le pays, habitué à nous offrir les scénarios sociopolitiques les plus incroyables, semble soudain plongé dans un profond sommeil. Un sommeil où tous les acteurs, gouvernement, parti au pouvoir (les deux signifient dans notre contexte la même chose), partis d’opposition, société civile, presse, organisations professionnelles, semblent s’être entendus pour se donner une trêve.

Alors on n’entend plus parler d’aucune manifestation politique, d’aucune revendication estudiantine, d’aucun mouvement d’humeur. D’aucune grève des travailleurs,  d’aucune course-poursuite entre manifestants et forces de l’ordre, d’aucun emprisonnement. Tout semble si calme, si harmonieux, si beau.

« Que prépare-t-on encore contre nous ? »

Mais l’observateur avisé sait que ces temps d’accalmie sont sinon dangereux, du moins suspects dans notre pays. A chaque fois que tout semble marcher dans l’ordre ou disons dans le calme, on commence à s’inquiéter, habitués que nous sommes à nos soubresauts de tous les jours. Et on se met à se poser des questions.

Que prépare-t-on encore contre nous ? Quel nouveau plan monte-t-on dans cet effrayant silence contre les Togolais ? Derrière ces rideaux fermés où tout semble si calme, quelle loi scélérate est-on en train de voter pour nous enfoncer ? Quel texte est-on en train de peaufiner pour notre malheur ? Que cache cette soudaine tranquillité de ces forces de l’ordre qui n’arrêtent plus personne? Et ces juges qui n’envoient plus aucune convocation aux journalistes, activistes et acteurs de la société civile ?

Et comme sous l’effet d’une implacable prophétie, c’est durant ces moments que surgissent les coups les plus durs contre les Togolais.

Des journalistes ont révélé, il y a quelques jours, un décret ministériel conditionnant l’accès aux marchés à la possession d’un passeport vaccinal ou d’un test contre le coronavirus datant de  moins de trois jours.

Je ne saurais dire le degré d’importance qu’accorde l’autorité concernée à un tel décret. Mais tout le monde peut prédire l’effet dévastateur qu’aura une telle décision sur des populations asphyxiées depuis deux ans à cause des restrictions liées à la crise sanitaire. Et l’on peut également deviner que si dès demain le gouvernement togolais décide de mettre en œuvre cette loi, pas même une mouche ne bronchera. Et les populations s’y plieront.

« Il faut qu’on fasse peur. »

Parce que ce qui semble aujourd’hui être un calme régnant sur le Togo n’est que le résultat de la peur injectée dans les veines des populations. Tout le monde a désormais peur de tout ce qui vient des dirigeants togolais. Et la meilleure manière de survivre dans notre pays est de tout exécuter sans broncher. Parce que jamais les portes des prisons n’ont été aussi béantes dans un pays. On s’y retrouve le temps d’un clignement d’yeux, pour avoir émis une brindille de critique contre les actes de ceux qui détiennent le sort des Togolais dans leurs mains.

Il paraît qu’un matin, un des dirigeants de notre pays a trouvé comme stratégie pour pousser les Togolais à aller se faire vacciner une étrange formule déclinée en une phrase très courte : « Il faut qu’on fasse peur aux Togolais. »

Lire aussi:  De monsieur Biswas aux Togolais : une histoire de maison et de Grande Maison

On peut l’applaudir, ce dirigeant. Parce qu’il a atteint son objectif avec une efficience très rare. Pas seulement en poussant les Togolais à aller se faire vacciner contre le coronavirus par peur. Mais aussi en faisant d’eux des sortes de zombies. Qui exécutent tout ce qui leur est commandé sans poser la moindre question.

Ne cherchons donc pas loin. Le grand calme qui semble régner, depuis quelques semaines, sur le Togo n’a qu’une explication : la peur.

Vous aimez cet article? Vous êtes libre de le partager avec des amis