3 piliers pour faire du panafricanisme une réalité concrète

3 piliers pour faire du panafricanisme une réalité concrète

28 janvier 2022 Non Par Guillaume Guianissio

Le panafricanisme doit reposer sur des piliers politique, militaire et économique pour se traduire en réalité concrète pour les peuples africains, . Il est temps d’aller au-delà de victoires éphémères contre des régimes.

Quels piliers pour le panafricanisme ? Ces derniers temps, le mouvement néo panafricaniste semble secouer le cocotier de la françafrique. A-t-il les moyens de la terrasser ? S’est-il doté d’alliés stratégiques pour s’assurer la victoire ?

Ces types de questions ouvertes méritent qu’on se les pose sans passion… Tant nos dirigeants, nos intellectuels, nos militaires, nos institutions, notre spiritualité et nos économies restent en majorité extravertis. Ce qui n’arrange aucunement la lutte panafricaine qui reste encore théorique.

Le risque majeur de l’heure, si l’on n’y prend garde,  serait de voir le panafricanisme réduit à une utopie d’activistes sans piliers politique ni militaire. Une machine au tintamarre élitiste ou populaire mais incapable à la longue de neutraliser le piège de la Françafrique. Cette dernière serait certes un peu titillée mais non véritablement atteinte. Ainsi elle en sortirait renforcée et métamorphosée. L’hydre impérialiste devenant plus subtile, plus technique et plus savant. Car tandis que l’adversaire mobilise des départements, ministères et cellules, le camp des panafricanistes reste jonché de leaders, de tendances et d’oppositions. Croiserait-on l’épée de fer avec celle en argile ?

Sans conteste, le néo panafricanisme contemporain a fait un pas historique. Il s’est constitué un aréopage de défenseurs. Il s’est bâti un inédit terreau pour une véritable libération. Le record d’une fulgurante massification d’adeptes est battu grâce au Web 2.0. Des personnalités civiles, politiques et militaires de poigne ont fait le reste. Fort de ses origines et son histoire, ce néo panafricanisme se devrait malgré tout d’ériger de solides piliers stratégiques qui l’encadreraient. Après la libération des consciences et les esprits, volet théorique, il faut être plus concret dans la lutte pour la défense de l’émancipation noire.

Piliers du panafricanisme : volet politique

Le néo panafricanisme gagnerait à accentuer ses branches politiques. Avec pour finalité de faire accéder partout au pouvoir des panafricains dans les cinq prochaines années. C’est une condition sine qua none pour engager des réformes nécessaires répondant aux vrais intérêts des peuples africains. De fait, cela anticiperait sur la probabilité que l’Occident mise sur les fins de mandats ou transitions pour rétablir son contrôle. En effet, le système impérialiste, autoproclamé garant de la démocratie sur terre, s’arrange toujours pour porter comme chef d’Etat un candidat inféodé à ses intérêts.

Et s’il lui prenait l’envie de se racheter, l’occident ne tarderait pas à le diaboliser et le traiter de dictateur. De toute façon, une fois pris en otage, il reste soumis aux diktats impérialistes contre son propre peuple.

Il suffit pour s’en convaincre de prendre en exemple les pays de la zone « franc ». Et constater ô combien maigre est le nombre de panafricanistes dans leur rang. Plusieurs sont vaccinés contre les marches et manifestations hostiles au système occidental. Exception faite du Mali, de la Guinée et du Burkina-Faso où des coups d’Etats ont stoppé les régimes inféodés à l’Occident dans leurs élans. Ce qui est ‘’panafricainement’’ appréciable. Car là où le sommet est « panafricaniste » l’espoir est permis de faire avancer clairement plusieurs réformes souverainistes. Et de dénoncer ou abolir quelques accords occultes.

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Mettre fin à la balkanisation

La balkanisation continue. Plus grave, après avoir sabordé progressivement tous les outils institutionnels panafricains (CEDEAO, CEEAC, UA et autres) qu’on croyait fédérateurs et garants d’unité, cette balkanisation du continent a dérivé de nos jours sur un total cloisonnement en des espaces économiques et de petits marchés non viables.

Une supercherie d’intégration ! Truffés de fonctionnaires néocolons et traitres, ces artifices institutionnels « tape-à-l’œil » financés par les Occidentaux ne sont plus aptes à mener les rêves de l’unité africaine. Ces avatars institutionnels favorisent les conflits terroristes transfrontaliers. Ils étiquètent comme étrangers des Africains d’une même culture et de même origine. Telle ou telle nationalité manipulée cesse parfois bêtement de coopérer comme le cas du Centrafrique, le Tchad, le Rwanda, la RDC, etc.

De plus, d’inutiles luttes existent entre les intellectuels, les leaders panafricains ou leurs organisations politiques. Nègres de maison, traitres de Montpelliers, panafricanistes « russes », panafricanistes « occidentaux » … sont des termes familiers, symptomatiques de la division actuelle. Jusqu’où iront ces luttes fratricides inutiles du panafricanisme ?

Piliers du panafricanisme : volet militaire

Très récemment, le rapprochement militaire de certains Etats africains avec la Russie a constitué un atout positif pour leurs pays respectifs. Plusieurs panafricains ont applaudi ce positionnement géostratégique comme une très bonne initiative de bilatéralisme capable de défier la tendance mondialiste monopolaire. L’alternatif suscité ayant brisé tant soit peu le carcan de la domination occidentale sur les Etats concernés. Les formes de guerres par procuration, rébellion, menaces militaires des occidentaux pour piller gratuitement…, sont mises à nu et arrêtées.

Toutefois, l’opportunité russe, solution bilatérale jugée géo-stratégiquement bénéfique, pourrait-elle à elle seule libérer l’Afrique ? Pour bien d’observateurs, ce n’est qu’une option temporaire. L’Afrique doit disposer, d’une part de forces de défenses continentales entrainées, et d’autre part de ses propres industries d’armement de pointe et nucléaire, si elle veut du respect.

Tant qu’elle ne transformerait pas ses richesses avant leurs mises sur le marché mondial, elle resterait le petit poucet de la mondialisation.

Qui veut la paix prépare la guerre

Qui foulerait au pied par exemple les droits des Chinois ou des Nord-coréens, de l’Iran ou d’Israël, sans riposte proportionnelle ? La défense n’est plus à négliger.

Qui veut la paix prépare la guerre. Le « qui vis pacem para bellum » latin s’affirme comme une pure réalité de notre temps. Pour preuve, le malheur continue toujours de frapper ceux des Africains qui ont confié la sécurité ou la défense de leur territoire à d’autres, y compris les « fameux » casques-bleus de l’ONU.

En définitive, le néopanafricanisme en vogue doit :

  • rompre avec le micro-nationalisme, les querelles et les egos d’école et promouvoir des relations interafricaines d’envergure,
  • reprendre le projet d’une unité politique, économique et militaire (monnaie, satellites, industries, défense africaine moderne intégrée).

Les panafricanistes ne doivent pas se contenter des victoires éphémères contre un régime.

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